EAU: un expert de l'ONU appelle les autorités Emiraties à libérer trois défenseurs des droits humains

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Une experte indépendante des Nations unies a exprimé ses préoccupations concernant les mauvais traitements, pouvant s'apparenter à de la torture, infligés à trois défenseurs des droits de l'homme aux Émirats arabes unis et a exhorté les autorités à les libérer.
Mary Lawlor, Rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme a déclaré : "Muhammad Al-Roken, Ahmed Mansoor et Nasser Bin Ghaith ont non seulement été criminalisés et emprisonnés en raison de leurs appels légitimes et non violents au respect des droits de l'homme aux Émirats arabes unis, mais ils ont également été victimes de mauvais traitements en prison".
Elle a fait référence à des rapports qu'elle avait reçus selon lesquels les conditions et les traitements auxquels ils étaient soumis, tels que l'isolement cellulaire prolongé, violaient les normes des droits de l'homme et pouvaient être assimilés à de la torture.
Dans le cadre de ses préoccupations en faveur des droits de l'homme,  Alkarama travaille depuis des années sur le cas de ces trois hommes, et d'autres prisonniers d'opinion, militants et opposants politiques qui souffrent de la répression aux EAU. Alkarama a ainsi soumis au nom des victimes des plaintes individuelles aux procédures spéciales. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire a conclu à plusieurs reprises que leur détention est de nature arbitraire et a exigé  leur libération. Alkarama a rappelé leurs cas au Conseil des droits de l'homme dans le cadre de l'examen périodique universel ( EPU) du bilan des droits de l'homme aux EAU et a publié de nombreux communiqués de presse à leur sujet dans le cadre de ses activités médiatiques.

Muhammad Al-Roken
La Rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme a déclaré que Muhammad al-Roken, qui est emprisonné depuis 2012 sous l'accusation de "complot contre le gouvernement", est soumis à un isolement cellulaire. Elle a indiqué dans son rapport que le Groupe de travail sur la détention arbitraire a estimé que la détention de Muhammad al-Roken était arbitraire et a demandé sa libération immédiate.
En novembre 2019, Alkarama et d'autres organisations internationales des droits de l'homme ainsi que des militants de plusieurs pays ont lancé un appel aux Emirats arabes unis et à ses dirigeants pour qu'ils libèrent immédiatement et sans condition l'éminent défenseur des droits de l'homme et avocat Dr. Muhammad Al-Roken, qui est arbitrairement détenu depuis près de neuf ans simplement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression et à la liberté d'association par le biais de son travail d'avocat et de défenseur des droits de l'homme.

Ahmed Mansoor
Le rapport indique que l'éminent militant des droits de l'homme Ahmed Mansoor, détenu depuis 2017, est maintenu à l'isolement. Le rapport ajoute également que Mansoor a été condamné pour avoir insulté "le statut et la position des EAU et ses symboles", y compris ses dirigeants, en plus de "chercher à corrompre les relations entre les EAU et ses voisins en publiant de fausses informations sur les réseaux sociaux".
L'expert indépendant a déclaré que le défenseur des droits de l'homme purge une peine de dix ans de prison au centre de détention d'Al-Sadr et qu'il a été détenu à plusieurs reprises en isolement dans une cellule de quatre mètres carrés sans literie, avec très peu ou pas de soleil et d'eau potable.
La santé de M. Ahmed Mansoor s'est considérablement détériorée après qu'il ait entamé une grève de la faim à deux reprises en 2019 pour protester contre les mauvais traitements subis et les conditions de détention. Sa deuxième grève de la faim a duré 45 jours. La Rapporteure a fait référence à des rapports faisant état du refus des autorités de lui prodiguer les soins de santé nécessaires.
En juin 2018, les experts des droits de l'homme des Nations unies ont demandé aux autorités des Émirats arabes unis de libérer immédiatement Ahmed Mansoor, un défenseur des droits de l'homme primé dans ce domaine, et d'annuler sa peine de dix ans de prison.
Dans leur rapport  les experts ont déclaré: "Nous condamnons, dans les termes les plus fermes, la peine prononcée contre M. Mansoor, et nous appelons les autorités des Émirats à abandonner les charges retenues contre lui et à le libérer immédiatement".
M. Mansoor, lauréat du prix Martin Ennals en 2015, a été reconnu coupable de "diffamation envers les Émirats arabes unis sur les réseaux sociaux" et "d'incitation à la haine sectaire, qui menace l'harmonie sociale et l'unité nationale du pays".
Ces accusations sont le résultat de plusieurs tweets dans lesquels il a appelé à la libération des défenseurs des droits de l'homme Oussama al-Najjar et Nasser bin Ghaith, en plus de dénoncer les violations des droits de l'homme commises au Yémen et en Égypte. Les experts des Nations unies ont noté que non seulement cette décision était d'une sévérité inacceptable, mais M. Mansoor ne devrait pas être détenu  pour avoir exercé les droits et libertés garantis pour tous, a fortiori pour les défenseurs des droits de l'homme."
M. Mansoor a fait l'objet d'agressions physiques, de menaces de mort, de surveillance gouvernementale et d'une interdiction de voyager depuis 2011, dans le but de l'empêcher de participer personnellement aux mécanismes des Nations unies.
Son procès s'est terminé le 29 mai 2018, lorsque la cour d'appel d'Abu Dhabi l'a condamné à une peine de prison et à une amende d'un million de dinars (l'équivalent d'environ 272 000 dollars). Il a été arrêté le 20 mars 2017 et a été emprisonné dans un endroit secret pendant près d'un an jusqu'à la première session de son procès, le 14 mars 2018. Il a également été laissé en isolement pendant de longues périodes, et son lieu de résidence n'a pas été révélé, même pendant son procès. Il est rapporté que M. Mansoor a été empêché de désigner un avocat de son choix.
Les experts ont souligné que "les accusations dirigées contre Ahmed Mansoor mettent en évidence l'utilisation flagrante et éhontée de la législation en matière de sécurité pour cibler les défenseurs des droits de l'homme aux Émirats arabes unis. Compte tenu de sa coopération avec le Conseil des droits de l'homme, ses procédures spéciales et les mécanismes d'examen périodique universel, nous craignons que le verdict ne soit rendu en représailles suite à sa participation aux mécanismes des droits de l'homme des Nations unies. "
Alkarama suit avec constance le cas de l'activiste Ahmed Mansoor et a soumis des plaintes à son sujet aux procédures spéciales des Nations Unies, et sur la base de celles-ci, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a déclaré, en février 2012, que l'arrestation d'Ahmed Mansoor était arbitraire. Le groupe de travail a aussi demandé aux autorités des EAU de le dédommager pour le préjudice et le traitement subi.
S'inquiétant de l'arrestation arbitraire de M. Mansoor et craignant pour sa sécurité, Alkarama a informé le Rapporteur spécial sur la torture le 12 avril 2012 et a demandé son intervention auprès des autorités des Emirats arabes unis.
Le militant Ahmed Mansoor et d'autres personnes ont été traduits devant la Cour de sûreté de l'Etat dans le cadre d'un procès inéquitable, pour "insulte publique" aux dirigeants des Emirats arabes unis, notant que le procès s'est déroulé à huis clos, en violation des normes internationales d'équité des procès.
Le 22 mars 2017, Alkarama a également demandé l'intervention de la Rapporteure spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l'homme des Nations Unies, concernant le cas de l'éminent défenseur des droits de l'homme, Ahmed Mansoor.
Le 4 octobre 2018, le Parlement européen a adopté une résolution demandant la libération immédiate du militant émirati Ahmed Mansoor, qui a été condamné en mars 2018 à une peine de dix ans de prison pour des motifs directement liés à son droit à la liberté d'opinion et d'expression.
Au moment de son arrestation, Ahmed Mansoor était le dernier défenseur des droits de l'homme encore actif aux Émirats arabes unis. En raison de son travail, il a fait l'objet de harcèlement de la part des autorités pendant des années, notamment d'agressions physiques, de menaces de mort, de surveillance et de confiscation de son passeport. Il a également passé huit mois en prison après son arrestation en 2011 pour "insulte publique au chef de l'État".
La décision du Parlement européen a exprimé son inquiétude, notant que ces dernières années ont vu l'escalade des "attaques contre les membres de la société civile aux EAU, dans le but de réduire au silence, de détenir et de harceler les militants des droits de l'homme, les journalistes, les avocats et autres". La décision de l'Union européenne a appelé à la libération de Mansoor et à l'annulation de la peine prononcée contre lui, considérant qu'il s'agit d'une "violation inacceptable de la liberté d'expression et de la liberté d'association, et d'une violation contre les défenseurs des droits de l'homme dans l'ensemble des Émirats arabes unis", comme l'ont également déclaré plusieurs experts des droits de l'homme des Nations unies en juin 2018. Les parlementaires européens ont appelé à la libération de tous les prisonniers d'opinion aux EAU, y compris Oussama al-Najjar, Nasser bin Ghaith et Muhammad al-Roken.


Nasser bin Ghaith
En ce qui concerne l'activiste Nasser bin Ghaith, dont Alkarama a également traité le cas, l'experte de l'ONU Mary Lawlor a déclaré que bin Ghaith, qui a été arrêté en 2015 pour des accusations liées à des publications sur les réseaux sociaux critiquant les violations des droits de l'homme et les dirigeants politiques, a été soumis à des mauvais traitements dans la prison d'Al-Sadr puis dans celle d'Al-Razin. En réponse à cela il a entamé  en 2017 une grève de la faim de 40 jours pour protester contre les mauvais traitements subis et ses conditions de détention.
Bin Ghaith a entamé une nouvelle grève de la faim en 2018 pour une période de 80 jours, comme cela a été rapporté, afin de protester contre le refus de lui donner des médicaments et contre les agressions physiques dont il a été victime de la part des autorités carcérales et contre ses périodes d'isolement. En février 2018, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a publié un rapport dans lequel il considérait la détention du militant émirati Nasser bin Ghaith comme arbitraire et a exhorté le gouvernement des Émirats arabes unis à le libérer immédiatement.
La  Rapporteure spéciale des Nations unies a déclaré que l'imposition de peines de prison de dix ans à des militants pour leur travail dans le domaine des droits de l'homme n'est pas seulement une tentative de les réduire au silence et d'entraver leurs efforts, mais aussi une tentative d'intimider et de dissuader d'autres personnes de s'engager dans ce travail légitime à un moment important pour les EAU, où les libertés fondamentales et l'espace civique sont de plus en plus restreints.
L'experte des Nations unies a appelé les autorités des Émirats arabes unis à garantir la libération de ces défenseurs des droits de l'homme, à poursuivre leur travail important et nécessaire.

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