Emirats arabes unis: la vie du défenseur des droits de l'homme Ahmed Mansour est en danger

mansour

Alkarama exprime sa grave préoccupation face aux informations faisant état de la détérioration de l'état de santé du défenseur des droits humains émirati Ahmed Mansour, détenu depuis près de quatre ans dans de très mauvaises conditions de détention. Les autorités émiraties sont tenues pour responsables de sa vie et de son intégrité physique et morale.
L’avocat Rashid Mesli, directeur juridique d’Alkarama, a déclaré: «La vie de M. Mansour est en réel danger, au vu des  mauvaises conditions de détention qui ont conduit à la détérioration de sa santé», ajoutant par ailleurs: « Ahmed Mansour a été arrêté plusieurs fois dans le passé et il a toujours été victime de harcèlement de la part de l’appareil de sécurité en raison de ses activités en faveur des Droits de l'Homme. Nous pensons que ses activités pacifistes en faveur des Droits de l'Homme et son franc-parler sur la situation des Droits de l'Homme dans son pays et dans les pays du Moyen-Orient, en plus de sa participation à de nombreuses conférences, sont à l'origine de sa détention prolongée et du prononcé de peines sévères contre lui dans un procès qui ne répond pas aux normes minimales de justice».
Alkarama a suivi le cas du militant des droits humains Ahmed Mansour, et a déposé le 22 mars 2017, une plainte auprès du Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits humains aux Nations Unies, sollicitant son intervention sur cette question.

En préparation de son rapport annuel sur les représailles contre les individus coopérant avec les Nations Unies, le 1er mai 2019, Alkarama a transmis un rapport au Secrétaire général des Nations Unies sur de nombreux cas de représailles dans le monde arabe, y compris le cas du militant émirati Ahmed Mansour.
À son tour, le Secrétaire général des Nations Unies a souligné, dans ses rapports pour les années 2014, 2017 et 2018, les représailles dont  Ahmed Mansour a fait l'objet.
Le 4 octobre 2018, le Parlement européen a adopté une résolution demandant la libération immédiate de M. Ahmed Mansour, qui a été condamné en mars 2018 à une peine de 10 ans de prison pour des accusations directement liées à son droit à la liberté d'opinion et d'expression.
Ahmed Mansour a été arrêté le 20 mars 2017, pour avoir prétendument publié sur les réseaux sociaux de "fausses informations" et de "fausses nouvelles" pour "incitation au conflit sectaire et à la haine" et "nuisance à la réputation de l'Etat".
Au moment de son arrestation, Ahmed Mansour était le dernier défenseur des droits humains actif aux Émirats arabes unis. En raison de son travail, il a été victime de harcèlement de la part des autorités pendant des années, notamment de menaces de mort, de  surveillance et confiscation de son passeport mais il a également subi des agressions physiques. Il a  par ailleurs aussi passé huit mois en prison après son arrestation en 2011 pour «insulte publique au chef de l'Etat».
La résolution du Parlement européen a exprimé sa préoccupation, notant que ces dernières années ont fait l'objet d'une escalade des «attaques contre des membres de la société civile aux Émirats arabes unis, dans le but de:  réduire au silence, détenir et harceler les militants des Droits de l'Homme, les journalistes, les avocats et les autres militants».
La résolution a appelé à la libération d'Ahmed Mansour et à l’annulation de la peine prononcée contre lui, la considérant comme « une violation inacceptable de la liberté d’expression et de la liberté d’association et une violation contre les défenseurs des Droits de l’Homme dans l’ensemble des Émirats arabes unis » . Cela figurait également dans une déclaration publiée par un certain nombre d’experts des Droits de l’Homme aux Nations Unies en juin 2018. Les parlementaires européens ont appelé à la libération de tous les prisonniers d'opinion aux Émirats arabes unis, y compris Osama al-Najjar, Nasser bin Ghaith et Muhammad Al-Ruken.
L'activiste émirati Ahmed Mansour a reçu le 6 octobre 2015 le prix Martin Ennals pour l'année 2015   en reconnaissance et par gratitude pour son travail de défense des Droits de l'Homme et de documentation des violations dans le pays, mais cette reconnaissance internationale pour M. Mansour a été mal accueillie par les autorités de son pays et a conduit à plus de maltraitance à son encontre alors qu'il est en prison.
Ahmed Mansour, éminent défenseur des droits de l'homme et des libertés individuelles aux Émirats arabes unis, a constamment exprimé ses opinions politiques et appelé les médias sociaux et les forums en ligne à des réformes dans le pays, mais il  a fini par se retrouver victime de représailles des autorités émiraties, qui ont toutes été documentées par Alkarama.

Détails du cas

Il était environ 3 heures du matin le 8 avril 2011, quand une douzaine de membres des forces de sécurité de l’État ont fait une descente au domicile d’Ahmed Mansour dans l’émirat d’Ajman. Ils n'ont montré aucune autorisation judiciaire les autorisant à mener cette procédure, et ils ont saisi son ordinateur, ses téléphones et ceux appartenant au reste de sa famille, puis l'ont emmené vers une destination inconnue.
Ahmed Mansour, ainsi que  quatre autres défenseurs des droits humains, ont été arrêtés et condamnés pour "insulte publique au chef de l'Etat" dans un procès qui n'a pas respecté les normes de procès équitable. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a estimé que leur détention était injuste et l'a qualifiée d '"arbitraire". Par la suite, une amnistie a été prononcée en leur faveur, mais les représailles ont continué et les autorités ont confisqué les passeports des activistes. Depuis, Ahmed a été victime de nombreuses représailles en plus de celle ci, dont une lui interdisant de voyager.


Ahmed Mansour a de nouveau été arrêté en mars 2017, et le 29 mai 2018, il a été condamné à dix ans de prison, puis à trois ans de surveillance à la fin de la peine de prison, en plus d'une amende d'un million de dirhams. Le 31 décembre 2018, la Cour suprême fédérale a confirmé la condamnation de Mansour. En mars 2019, Ahmed Mansour a entamé une grève de la faim pour protester contre son procès inéquitable et ses conditions de détention.
Ahmed Mansour raconte: «J'ai été arrêté après une campagne de diffamation sans précédent aux Émirats Arabes Unis, à travers laquelle de fausses vidéos et rumeurs ont été répandues à mon sujet, ces calomnies  ont été répandues sur des sites Web créés spécifiquement à cet effet, propageant des messages de haine sur les réseaux sociaux.» Il a ajouté: «avant et pendant mon arrestation, j'ai reçu plusieurs menaces de mort, dont aucune n'a fait l'objet d'enquêtes ou d'interrogations. Après ma libération, ils ont refusé de me remettre mon passeport et j'ai perdu mon emploi, et je suis confronté à de nombreuses campagnes de diffamation et de haine, dont certaines incitant les gens à me tuer. J'ai même été attaqué deux fois à l'Université .»
En 2014, le Secrétaire général des Nations Unies, dans son rapport sur les défenseurs des Droits de l'Homme, a évoqué les représailles dont Mansour a été victime, déclarant qu' "il était sous surveillance et que son courrier électronique avait été piraté en plus d'avoir été agressé physiquement deux fois". Malgré ces intimidations et ces harcèlements, Mansour n'a cessé de défendre les Droits de l'Homme dans son pays, et c'est la raison pour laquelle le jury l'a choisi pour le prix Martin Ennals, qui a été créé en 1993 pour encourager et protéger les défenseurs des Droits de l'Homme qui "ont accompli un travail distingué dans la lutte contre les violations des Droits de l'Homme" et aussi " pour protéger les défenseurs des Droits de l'Homme en danger ".

La répression des militants  

Les critiques du gouvernement et les défenseurs des droits humains aux EAU ont toujours fait l'objet de menaces et de représailles. Au cours des dernières années, Alkarama a documenté les cas de nombreux militants qui ont été enlevés, torturés et arrêtés arbitrairement par les services de sécurité des EAU. Il convient de noter que dans son rapport de mai 2015, la Rapporteuse spéciale sur l'indépendance des juges et des avocats a évoqué la répression systématique des militants des Droits de l'Homme et l'utilisation généralisée de la torture et de la détention secrète aux EAU.
De nombreuses personnes qui ont coopéré avec Alkarama et des organisations de défense des Droits de l'Homme à travers le monde arabe sont confrontées à des actes d'intimidation et de représailles, soit en raison de leur activisme, soit parce que leur cas est renvoyé aux Nations Unies. Les cas de représailles évoqués par Alkarama dans son rapport, qui incluent les Émirats arabes unis, l'Irak et le Maroc, ne représentent que la partie visible de l'iceberg, car bon nombre de ceux qui ont déclaré avoir fait l'objet de représailles ont exprimé leur désir de garder leurs témoignages secrets par crainte de nouvelles représailles.

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