Arabie Saoudite : Après 10 années de détention arbitraire, l'éminent blogueur Raif Badawi est libre mais interdit de voyager

رائف بدوي يؤدي مناسك الحج

Les autorités saoudiennes ont libéré l'éminent blogueur saoudien Raif Badawi après la fin de sa peine de dix ans d’emprisonnement imposée à la suite d'un procès inéquitable, et en punition pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression. Il demeure toutefois interdit de voyager pendant dix années supplémentaires.
Alkarama a suivi le cas de l'activiste Raif Badawi pendant des années et a déposé à son sujet plusieurs plaintes auprès des Procédures Spéciales des Nations Unies. Son emprisonnement est un cas typique de la répression des libertés et des droits de l'homme en Arabie saoudite.

Lauréat du prix Reporters sans frontières en 2012, il a été arrêté en 2014. Un tribunal saoudien l'a condamné à dix ans de prison et à 1 000 coups de fouet étalés sur une période de 20 semaines. Il en a reçu cinquante en la présence de centaines de spectateurs devant une mosquée à Djeddah. Le 12 juin 2015, la peine de flagellation a été suspendue officiellement pour des raisons de santé.

Badawi a vu également sa sœur, Samar Badawi, arrêtée et détenue arbitrairement près de trois ans avant qu'elle ne soit libérée mi-2021.

L’action d’Alkarama

Alkarama a soulevé, à plusieurs reprises, le cas du blogueur Raif Badawi devant les experts des droits de l'homme de l'ONU. En septembre 2013, Alkarama a saisi à son sujet le Groupe de travail sur la détention arbitraire et le Rapporteur spécial sur la torture.

Puis, le 9 janvier 2015, Alkarama a lancé un appel urgent à plusieurs procédures spéciales des Nations Unies, leur demandant de prendre des mesures pour le protéger, notamment en publiant une déclaration condamnant son arrestation, sa détention arbitraire et son procès inéquitable, et considérant sa condamnation comme une violation manifeste de ses droits fondamentaux.

Le 17 novembre 2016, le Groupe de travail sur la détention arbitraire réitère son appel aux autorités saoudiennes leur demandant de libérer Badawi, ainsi que neuf autres militants des droits de l'homme défendus par Alkarama dans une même plainte.

Les autorités les avaient emprisonnés en réaction à leur participation à des activités de promotion et de protection des droits de l'homme. Les experts de l’ONU ont déclaré n'avoir constaté aucune action mettant en œuvre leur décision sur le sujet rendue un an auparavant.

Plusieurs experts de l’ONU avaient envoyé une lettre d’allégation aux autorités saoudiennes exprimant leur « grave préoccupation face à la pratique généralisée et systématique des arrestations et détentions arbitraires, en particulier contre les défenseurs des droits de l'homme en raison de la pratique de leurs droits pacifiques à la liberté d'expression, de réunion et d'association ».

La lettre, datée du 22 décembre 2017, énumère les cas de 15 personnes défendus par Alkarama auprès des procédures spéciales, dont neuf membres de l'Association pour les droits civils et politiques en Arabie Saoudite (ACPRA) interdite depuis, ainsi que le blogueur Raif Badawi, et les défenseurs des droits de l'homme Jaber Al-Omari, Issa Al-Nukhaifi, Fadel Al-Manasif, ainsi que le prédicateur Salman Al-Awda et son frère Khaled.

Dans la lettre, les experts ont souligné la nécessité pour les autorités saoudiennes « de garantir le respect des normes les plus élevées en matière de promotion et de protection des droits de l'homme ».

Ils y ont renouvelé leurs précédentes recommandations appelant à la libération immédiate de toutes les victimes susmentionnées. Ils ont également demandé au gouvernement de fournir des informations sur les mesures prises pour mettre la législation antiterroriste et celle liée à la sécurité en conformité avec les normes internationales des droits de l'homme.

 

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