Arabie Saoudite : Alkarama appelle à l'intervention urgente du Comité des droits des personnes handicapées de l'ONU pour obtenir la libération immédiate de Safar Al Hawali

Hawali

Le 12 octobre 2020, Alkarama a soumis une plainte au Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) au nom de Safar bin Abdulrahman Al Hawali, un érudit religieux âgé de 70 ans. Cet éminent érudit est détenu arbitrairement depuis le 12 juillet 2018 après avoir publié un livre dans lequel il a critiqué les choix de politique internationale du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman et a émis des recommandations à son attention. Ses quatre fils, et son frère, ont été arrêtés par les forces de sécurité de l'État en guise de représailles et d'intimidation supplémentaire. Depuis son arrestation, il s'est vu refuser des soins appropriés malgré son trouble de la parole et son état de santé extrêmement fragile et s'est vu refuser l'accès au monde extérieur.

Représailles contre Al Hawali et sa famille pour avoir critiqué le prince héritier

M. Al Hawali est un éminent érudit religieux et une figure du mouvement saoudien al-Sahwa al-Islamiyya ("Le réveil islamique") ou  Mouvement Sahwa. Les penseurs contemporains de ce mouvement, qui a émergé dans les années 1950, ont ouvertement critiqué le prince héritier Mohammed Bin Salman pour sa politique. Le mouvement Sahwa a été visé par la répression de la liberté d'expression imposée par le prince héritier. Ainisi, plusieurs universitaires du mouvement Sahwa ont été arrêtés, dont le réformateur Salman Al Awdah.

Cette répression continue de la critique pacifique dans le pays a été condamnée par les États membres du Conseil des droits de l'homme, en mars 2019, septembre 2019, puis en septembre 2020. En conséquence, la candidature de l'Arabie saoudite au Conseil des droits de l'homme a été rejetée par les États membres de l'ONU lors des élections d'octobre 2020.

Alkarama est fermement convaincue que l'arrestation d'Al Hawali, ainsi que celle de son frère et de ses fils, est une conséquence directe de ses critiques à l'égard du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman qui dirige effectivement le pays. Safar Al Hawali a été arrêté le 12 juillet 2018, peu après avoir publié un livre intitulé "Les musulmans et la civilisation occidentale", dans lequel il critiquait les choix de politique internationale du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman et formulait des recommandations à son attention. Quelques jours avant l'arrestation, les autorités royales lui ont demandé de revenir publiquement sur sa position et d'exprimer son soutien au prince héritier. Elles ont également demandé à ses fils et à son frère de dénoncer publiquement le livre et les positions de M. Al Hawali. Toutes ces demandes ont été rejetées par M. Al Hawali et ses proches qui ont exprimé leur refus d'obtempérer.

Maintien de la détention au secret de M. Al Hawali et refus d'aménagement raisonnable

Le matin du 12 juillet 2018, les forces de sécurité de l'État ont pris d'assaut la maison de M. Al Hawali et, après avoir fouillé les lieux, M. Al Hawali et son fils de 34 ans, Ibrahim, ont eu les yeux bandés et ont été emmenés vers un lieu inconnu. Les forces n'ont présenté aucun mandat d'arrêt ou de perquisition et n'ont pas expliqué les raisons de ces arrestations. Cependant, ils ont fait venir une ambulance avec eux pour procéder à l'arrestation de M. Al Hawali, sachant que son état de santé était extrêmement fragile et que sa mobilité était très réduite. Après son arrestation, Safar Al Hawali a été gardé dans un lieu secret et aucune information n'a été donnée à sa famille quant à son sort et à l'endroit où il se trouvait, ce qui le place dans une situation de disparition forcée.

Ces mauvais traitements sont d'autant plus cruels que M. Al Hawali a souffert d'attaques cérébrales répétées qui ont entraîné un trouble permanent de l'élocution qui le rend incapable de parler et d'être compris. Il souffre également d'une fracture du bassin ainsi que d'une insuffisance rénale qui nécessitent des soins médicaux constants. L'état de santé de M. Al Hawali s'est gravement détérioré juste après son arrestation. Malgré son handicap, sa vieillesse et sa santé fragile, il se voit depuis lors refuser des soins médicaux et est détenu au secret.

Depuis son arrestation, M. Al Hawali a eu très peu d'occasions d'être en contact avec sa famille. En raison de ses graves troubles de l'élocution, il ne peut pas communiquer par téléphone. Les autorités n'ont pris aucune mesure pour faciliter la communication de M. Al Hawali avec sa famille et un avocat. Depuis son arrestation, le parquet de la sûreté de l'État a autorisé des visites familiales de manière sporadique et arbitraire. Sa famille s'est vue refuser des visites de début février 2020 à début octobre 2020 sous le prétexte des restrictions du Covid-19. Avant la pandémie, ils n'avaient pas un accès régulier à lui ; et aujourd'hui, ils ne savent pas si et quand ils seront autorisés à le revoir.
En guise de punition pour ses critiques à l'égard du prince héritier, Safar Al Hawali est pratiquement laissé pour mort en détention, coupé du monde extérieur et de ses proches, et vivant dans la crainte du harcèlement et des menaces envers ses fils et son frère. Ce ne serait pas la première fois qu'un opposant politique décède en raison de ses conditions de détention et de son refus de soins médicaux : le 23 avril 2020, le défenseur des droits de l'homme Abdullah Al Hamid est mort en détention dans des circonstances inhumaines similaires.  


Les demandes urgentes d'Alkarama dans le contexte de la pandémie de Covid-19

La vie de M. Al Hawali est menacée de façon imminente, sérieuse et irréversible, car les personnes âgées courent un risque sensiblement accru de développer une maladie grave à la suite d'une infection du COVID-19. Les experts de l'ONU ont averti que "la transmission généralisée du Covid-19 dans la communauté au sein d'un établissement pénitentiaire est susceptible d'entraîner un taux de mortalité disproportionnellement élevé par Covid-19". En outre, il s'agit d'une personne handicapée présentant des problèmes de santé préexistants, notamment une insuffisance rénale chronique, qui la rend plus susceptible de contracter le virus, de présenter des symptômes plus graves lors de l'infection, ce qui entraîne un taux de mortalité élevé.
Plusieurs experts des Nations unies et institutions internationales ont appelé les États à "libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers dont l'incarcération est illégale ou arbitraire au regard du droit international, y compris les enfants, les prisonniers d'opinion, les prisonniers religieux et les prisonniers politiques". Des lignes directrices similaires ont été publiées par le Comité permanent interorganisations - composé de représentants de l'Organisation mondiale de la santé et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme - qui a appelé les autorités publiques à prendre des mesures immédiates pour que la libération des individus tels que des "personnes ayant des problèmes de santé sous-jacents (...) et de celles détenues pour des infractions non reconnues par le droit international, soit prioritaire".
Compte tenu de l'urgence du cas de M. Al Hawali dans la pandémie actuelle, et des circonstances de son arrestation et de sa détention, Alkarama a demandé à la CDPH d'exiger sa libération immédiate en tant que mesure d'urgence de la part de l'Arabie saoudite. Enfin, Alkarama a également demandé au Comité d'aborder la question des représailles contre M. Al Hawali et sa famille directement avec les autorités. En vertu de ses obligations conventionnelles, l'Arabie Saoudite doit libérer immédiatement Safar Al Hawali et les membres de sa famille et mettre fin à toute forme de harcèlement et d'intimidation à leur encontre.

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