Le gouvernement syrien s’est vu remettre cinq de ses ressortissants, détenus arbitrairement par les autorités de Benghazi affiliées au maréchal à la retraite Khalifa Haftar, après avoir été arrêtés pour avoir célébré la chute de l’ancien régime dans leur pays et l’annonce de la « libération » de la capitale Damas en décembre 2024.
Il s’agit de Ahmad Alothman, Ali Alsalkhadi, Anas Mohammed Ali Alsalkhadi, Khaled Alsalkhadi et Osama Mohammed Sayfeddeen Alsalkhadi. Tous comptent parmi les millions de Syriens qui ont fui la guerre sous le régime précédent. Ils étaient entrés légalement en Libye, munis de passeports syriens en cours de validité et de visas réguliers.
Les familles des détenus ont exprimé leur gratitude envers Alkarama pour son engagement en faveur de leur cause et pour avoir saisi les mécanismes des droits de l’homme des Nations unies. Elles ont indiqué que les autorités syriennes ont pris en charge les cinq jeunes auprès des autorités de Benghazi, avant leur transfert par voie aérienne vers la capitale jordanienne Amman, où leurs proches les ont accueillis au poste-frontière de Nassib, à la frontière entre la Jordanie et la Syrie.
Auparavant, Alkarama avait été informée que les autorités de facto à Benghazi utilisaient les détenus syriens comme levier de pression, subordonnant leur libération à une reconnaissance politique par le nouveau gouvernement syrien. Alkarama avait alors de nouveau saisi les mécanismes des droits de l’homme des Nations unies afin de les tenir informés de ces évolutions.
Les cinq jeunes vivaient et travaillaient de façon stable à Benghazi. Comme de nombreux Syriens à travers le monde, ils avaient exprimé leur joie après le départ de Bachar al-Assad, ce qui renforçait leur espoir de retourner dans leur pays. Dans ce contexte, ils ont participé à un rassemblement pacifique avant d’être arrêtés sans mandat par des agents de sécurité en civil.
Après leur arrestation, leurs familles sont restées sans aucune nouvelle, dans une profonde inquiétude quant à leur sort. Elles n’ont finalement appris leur détention qu’à la suite du témoignage d’un ancien détenu, qui a signalé leur présence au centre de détention d’Al-Qarnada, tout en faisant état de la détérioration de leur état de santé et des actes de torture qu’ils y subissaient. Accusés sans preuve d’appartenir à un groupe terroriste, ils ont été contraints, sous la torture, de signer des aveux.
Actions d’Alkarama
Le mercredi 18 juin 2025, Alkarama a lancé un appel urgent au Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires (GTDFI) concernant ces cinq ressortissants syriens, enlevés le 11 décembre 2024 par les forces de « sécurité intérieure » affiliées à la milice du maréchal Khalifa Haftar et à ses fils à Benghazi, dans l’est de la Libye. Alkarama a également saisi le Rapporteur spécial sur les droits des migrants ainsi que la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL).
Il s’agissait de la deuxième démarche entreprise par Alkarama dans cette affaire, après la disparition des cinq ressortissants syriens, privés de tout contact avec leurs familles et vus pour la dernière fois à la prison militaire d’Al-Qarnada.
Le 18 février 2025, Alkarama avait déjà adressé une communication au Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (GTDA), mettant en lumière le caractère arbitraire de leur détention sous plusieurs angles.
Alkarama avait souligné que leur arrestation ne reposait sur aucune base légale : ils ont été arrêtés sans mandat, sans être informés des motifs de leur arrestation, et sont restés privés de toute assistance juridique ainsi que de toute comparution devant un tribunal. Elle a insisté sur le fait que cette privation de liberté découle directement de l’exercice de droits fondamentaux, notamment la liberté d’opinion et la liberté de réunion pacifique, garanties par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Par ailleurs, les victimes ont été privées de toute assistance juridique et n’ont jamais eu accès à une autorité indépendante leur permettant de contester la légalité de leur détention, en violation manifeste de leur droit à un procès équitable. Enfin, cette détention repose sur un fondement discriminatoire, leur origine syrienne ayant suffi aux autorités de Benghazi pour les associer à tort à un groupe terroriste.
Pour l’ensemble de ces raisons, Alkarama a appelé le Groupe de travail sur les disparitions forcées à contacter les autorités libyennes afin d’obtenir des informations officielles sur le sort et le lieu de détention des cinq personnes disparues, et à exiger leur libération immédiate ainsi que le respect de leurs droits fondamentaux.
Alkarama réaffirme enfin la nécessité de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement en Libye, en particulier dans les prisons des milices affiliées aux forces du maréchal Khalifa Haftar à Benghazi, ainsi que celles liées au gouvernement et aux forces de l’appareil de dissuasion, accusées d’être impliquées dans de graves violations des droits de l’homme et dans la gestion de centres de détention illégaux.