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اليمنية حسناء في العراق

En Irak, la détenue yéménite Hasnaa Ali Yahya Hussein souffre de maladies chroniques et endure des conditions de détention extrêmement difficiles, d’après des sources de défense des droits humains relayées par Alkarama. 

Elle est incarcérée dans le service des maladies infectieuses de la prison d’Al-Rusafa à Bagdad, bien qu’elle ne soit pas atteinte de ce type de pathologie, mais plutôt de problèmes de santé liés à la durée de son incarcération et à ses conditions de détention. Elle purge une peine de 33 ans fondée sur des jugements iniques issus de procédures ne respectant pas les garanties minimales d’un procès équitable, notamment une décision rendue le 23 juin 2011 à l’issue d’une audience de moins de dix minutes, sans qu’elle ait été en mesure d’assurer sa défense.

Le 25 mai 2011, Alkarama a saisi le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA), lui demandant d’intervenir auprès des autorités irakiennes afin d’obtenir la libération de Hasnaa Ali Yahya Hussein ainsi qu’une indemnisation appropriée. Dans sa plainte, Alkarama a soutenu que Hasnaa avait été détenue de manière arbitraire, sans fondement légal, uniquement pour ne pas avoir dénoncé son mari, que les autorités irakiennes accusaient d’appartenir à un groupe armé opposé à l’occupation américaine, avant qu’il ne soit tué par les forces américaines. Ses jeunes enfants, libérés par la suite, avaient eux aussi été arrêtés avec elle, en violation flagrante des normes internationales, en particulier du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) auquel l’Irak est partie. 

Hasnaa Ali Hussein a été accusée d’avoir caché son mari égyptien, « Abou Ayyoub », présenté comme le dirigeant de ce qui est appelé « Al-Qaïda en Irak », abattu par les forces américaines le 16 avril 2010. Elle a également été poursuivie pour avoir hébergé des personnes soupçonnées d’être liées au « terrorisme ».

Elle n’a pas pu assurer sa défense devant le tribunal. L’audience s’est tenue en l’absence de son avocat, qui ne se serait pas présenté par crainte d’un enlèvement ou d’une arrestation. Une avocate issue de son cabinet a alors été chargée de la représenter. 

D’après sa famille, cette audience s’est déroulée dans des conditions ne respectant pas les garanties fondamentales d’un procès équitable. Des témoins inconnus auraient été produits et entendus à charge, tandis que ni Hasnaa ni son avocate n’ont eu accès au dossier ni la possibilité de présenter une défense. Hasnaa a été interrompue après avoir déclaré : « Je suis la mère de Mohammed, j’ai trois jeunes enfants et je ne sais pas qui est Abou Ayyoub l’Égyptien », sans pouvoir aller plus loin.

Originaire du gouvernorat d’Amran, au nord de Sanaa, Hasnaa a épousé en 1998 un citoyen égyptien qui exerçait comme enseignant dans un village au Yémen sous l’identité de « Youssef Haddad Labib ». Il s’était rendu avant elle aux Émirats puis en Irak, où elle l’a rejoint en 2002. Le couple a vécu à Al-Karrada et Al-Amiriya, avant de se déplacer, après l’occupation de l’Irak, entre Falloujah, Abou Ghraib et Diyala, puis de s’installer avec leurs enfants dans la région d’Al-Tharthar, dans le gouvernorat de Salah ad-Din, au nord de Bagdad. En avril 2010, les forces américaines ont mené une attaque contre leur domicile, tuant le mari, également connu sous le nom de « Abou Hamza al-Mouhajir », et arrêtant Hasnaa ainsi que ses trois enfants, avant de les remettre aux autorités irakiennes. 

Dans un entretien accordé au journal britannique The Guardian après la mort de son mari, Hasnaa a déclaré qu’elle n’avait aucune connaissance de ses activités et qu’elle se consacrait uniquement à l’éducation de ses enfants et aux tâches du foyer.

L’affaire de Hasnaa reste l’une des situations humanitaires les plus préoccupantes et continue d’attirer l’attention de nombreuses organisations de défense des droits humains, à la fois locales et internationales. Sa famille continue de miser sur les efforts diplomatiques des autorités yéménites pour obtenir son rapatriement au Yémen.

Les autorités irakiennes ont consenti au retour de ses trois enfants au Yémen, qui a eu lieu le vendredi soir 14 mai 2011, tandis que leur mère demeure en détention et poursuit son calvaire.

De son côté, Alkarama continuera de suivre l’évolution de cette affaire et de la porter à l’attention des mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies.