À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, le constat est préoccupant dans le monde arabe : les libertés médiatiques y sont en net recul. Les journalistes font face à des restrictions croissantes, tandis que des lois et des dispositifs sécuritaires servent à faire taire les voix indépendantes. Pourtant, la liberté d’expression est un droit fondamental, garanti par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Malgré cela, des violations systématiques persistent dans plusieurs pays de la région, en particulier dans les zones de conflit.
La situation des journalistes palestiniens, notamment dans la bande de Gaza, illustre de manière alarmante ces dérives. Depuis la récente offensive israélienne, des dizaines de journalistes ont été tués ou blessés alors qu’ils exerçaient leur métier, souvent dans des circonstances suggérant un ciblage direct ou disproportionné, malgré leur statut civil clairement identifiable. Des médias ont également été visés, leurs locaux bombardés ou détruits, en contradiction flagrante avec les règles du droit international humanitaire censées protéger les civils, y compris les journalistes.
Au-delà des violences physiques, d’autres formes de pression sont exercées : menaces, poursuites, coupures d’Internet et des communications. Ces pratiques contribuent à isoler Gaza et à entraver la diffusion d’informations vers l’extérieur. Elles traduisent une volonté de réduire au silence les témoins et d’empêcher toute documentation indépendante des violations, ce qui affaiblit le droit à l’information et favorise l’impunité. Face à cela, des organisations de défense des droits humains, dont Alkarama, appellent à l’ouverture d’enquêtes internationales indépendantes, à la poursuite des responsables et à une protection effective des journalistes dans les zones de conflit.
Dans l’ensemble du monde arabe, les journalistes sont confrontés à de multiples violations, notamment la détention arbitraire. Certains restent emprisonnés pendant de longues périodes sans fondement légal, voire en dépit de décisions ordonnant leur libération, comme le journaliste yéménite Naseh Shaker, pour lequel Alkarama et l’Observatoire des libertés ont saisi les mécanismes compétents des Nations Unies. Par ailleurs, selon des sources syndicales et des ONG, les autorités affiliées aux Houthis continuent de détenir huit journalistes, dont certains sont victimes de disparition forcée depuis 2015. Les journalistes sont également exposés à des assassinats, des intimidations, des disparitions forcées et des actes de torture visant à les dissuader d’exercer leur profession.
En Arabie saoudite, le journaliste et militant Turki Al Jasser a été exécuté après près de sept années de détention et de disparition forcée, sur la base d’accusations liées à l’expression de ses opinions. Cette affaire a été portée par Alkarama devant les mécanismes onusiens compétents, notamment le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, qui a été appelé à condamner cette atteinte grave au droit à la vie.
La pression ne vise pas uniquement les journalistes : leurs familles, au Yémen comme dans d’autres pays, sont également ciblées par des actes de harcèlement et des représailles. Par ailleurs, de nombreux sites d’information sont bloqués, ce qui restreint l’accès du public à des sources indépendantes.
Au cours de la dernière décennie, ces violations se sont intensifiées, les journalistes payant un prix particulièrement élevé pour l’exercice de leur métier, dans un contexte marqué par une quasi-impunité.
Ces pratiques s’inscrivent dans un schéma plus large observé dans la région : criminalisation du journalisme à travers des accusations vagues comme « terrorisme » ou « diffusion de fausses informations », restrictions légales affaiblissant l’indépendance des médias, instrumentalisation de la justice pour sanctionner les journalistes, et réduction de l’espace numérique via la surveillance et le blocage. L’ensemble de ces éléments témoigne d’une volonté de restreindre la liberté d’expression et de fermer l’espace public à toute critique.
Activités d'Alkarama
Dans ce contexte, Alkarama joue un rôle clé en défendant la liberté de la presse au niveau international. Alkarama saisit régulièrement les mécanismes des Nations Unies, notamment le Groupe de travail sur la détention arbitraire, et documente les violations commises contre les journalistes à travers des rapports et des contributions à l’Examen périodique universel. Elle participe également à des campagnes de plaidoyer avec d’autres organisations afin d’obtenir la libération des journalistes détenus et de renforcer leur protection.
Alkarama rappelle que la liberté de la presse ne se limite pas à un droit individuel, mais constitue un pilier essentiel de toute société démocratique fondée sur l’État de droit.
À l’occasion de cette journée, Alkarama réitère ses appels à la libération immédiate et sans condition de tous les journalistes détenus arbitrairement, à la protection effective des journalistes en période de conflit armé conformément au droit international humanitaire, à la mise en conformité des législations nationales avec les normes internationales relatives à la liberté d’expression, ainsi qu’à la lutte contre l’impunité par des enquêtes indépendantes et la poursuite des responsables. Elle appelle également à un engagement accru de la communauté internationale pour soutenir les journalistes et les médias indépendants.