Arabie Saoudite : Alkarama partage l'inquiétude de la famille de l'éminent militant Muhammad Al-Qahtani coupé de tout contact

محمد القحطاني

L'épouse de l'éminent prisonnier d'opinion saoudien, le Dr Muhammad Al-Qahtani, a lancé un appel pour que soit révélé le sort de son mari qui a été coupé de tout contact téléphonique. Les autorités ont coupé son contact téléphonique habituel qu’il avait avec sa famille et qui était prévu pour le 24 octobre.

Maha Al-Qahtani, épouse du défenseur universitaire des droits de l'homme Muhammad Al-Qahtani, a déclaré sur sa page Twitter : « Mon mari n'a pas appelé aujourd'hui (24 octobre 2022), comme d'habitude, ce qui nous a inquiétés. J’espère qu'on ne l'a pas empêché de jouir de son droit de nous contacter après qu'il ait déposé une plainte auprès de l'administration pénitentiaire pour harcèlement et survenus à l'intérieur du service. »

En détention dans la prison la prison d'Al-Ha'ir à Riyad, Al-Qahtani avait été transféré dans une aile de la prison où sont maintenus les détenus souffrant de troubles psychologiques. En mai dernier, il avait été agressé physiquement par l'un d'entre eux.

Al-Qahtani purge une peine de 10 ans de prison sur fond de poursuites liées à ses activités pacifiques en faveur des droits humains. Fin novembre 2022, il sera censé avoir purgé sa peine.

Harcelé et maltraité à plusieurs reprises au cours de sa détention, il avait annoncé courant décembre 2020 une grève de la faim pour protester contre le refus des autorités à le laisser contacter sa famille et à recevoir des livres et des médicaments.

Action d’Alkarama

Alkarama partage les préoccupations de la famille Al-Qahtani concernant sa sécurité et rappelle que le 13 mars 2013, elle a soumis une communication aux mécanismes des droits de l'homme des Nations Unies, notamment aux Rapporteurs spéciaux sur l'indépendance des juges et des avocats, sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d'association, et au Groupe de travail sur la détention arbitraire, afin qu'ils interviennent auprès des autorités saoudiennes pour les exhorter à libérer Mr. Muhammad Fahd Al-Qahtani et à cesser tout harcèlement à l'encontre de ce militant des droits de l'homme.

Compte tenu de la détérioration de la situation des droits de l’homme en Arabie saoudite et de l’absence de mise en œuvre par les autorités des recommandations des experts du Comité contre la torture, Alkarama a soumis un rapport de suivi en juin 2021, dans lequel elle a rappelé plusieurs cas sur lesquels elle avait déjà travaillé.

Alkarama avait recommandé à l'Etat partie de se pencher sur la situation des défenseurs des droits de l'homme condamnés à de lourdes peines de prison. A la demande d’Alkarama, le Comité s’était intéressé sur la question en demandant à l'Arabie saoudite si elle envisageait de libérer les personnes arrêtées arbitrairement pour avoir critiqué pacifiquement les autorités ou pour avoir défendu les droits de l'homme, comme dans le cas de l'universitaire Muhammad al-Qahtani.

Une décision des procédures spéciales de l’ONU confirme le caractère arbitraire de la privation de liberté d'Al-Qahtani et de ses compagnons

En novembre 2015, le Groupe de travail sur la détention arbitraire a publié son avis n°2015/38 concernant le cas de neuf militants saoudiens, dont Muhammad Al-Qahtani, arrêtés en raison de leurs activités dans le domaine des droits de l'homme et dans le cadre de leur droit à l’expression. A l’issue de la réponse du gouvernement, le Groupe de travail a confirmé le caractère arbitraire de leur détention indiquant que la solution appropriée pour rémédier à leur situation serait de les libérer.

Malgré la réitération des appels du Groupe de travail des Nations unies pour la libération des détenus, et bien que son cas ait été évoqué à deux reprises dans le rapport annuel du Secrétaire général des Nations unies sur les représailles, Al-Qahtani est toujours en détention à ce jour.

Al-Qahtani a reçu le Prix Nobel alternatif avec deux autres défenseurs saoudiens des droits humains, Abdullah Al-Hamid et Waleed Abu Al-Khair, « pour leurs efforts lumineux et leur courage, guidés par les principes des droits humains universels. »

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