Algérie: Alkarama a saisi aujourd’hui les procédures spéciales de l’ONU de la situation de M. Karim Tabou

Tabbou

La chambre correctionnelle de la Cour d'Alger a condamné aujourd’hui à une peine d'une année d'emprisonnement ferme M. Karim Tabou, figure du mouvement de contestation pacifique né dans le pays né le 22 février 2019.  

M. Karim Tabou (42 ans) est le porte-parole de l'Union démocratique et sociale (UDS), un parti qu'il a créé en novembre 2012. Il a été, de 2006 à 2011, premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), parti d’opposition algérien fondé en septembre 1963 par Hocine Aït Ahmed.

A l'ouverture de son procès à huis clos ce matin, et en l'absence de ses avocats M. Karim Tabou a été victime d’un grave malaise, probablement cardiaque selon sa famille et a été évacué en urgence de la salle d'audience. Contre toute attente son procès a néanmoins continué en son absence et en l'absence de sa défense en violation de toutes les règles de procédure pénale et à l'issue duquel il a été condamné à une année d'emprisonnement ferme.

 M. Karim Tabou avait été condamné en première instance le 18 mars 2020, quatre jours auparavant, à une peine d’une année d’emprisonnement dont six mois ferme et devait donc être libéré jeudi 26 mars. Le parquet général, a cependant fixé la date du procès en appel pour aujourd’hui 24 mars sans même en informer ses avocats.

Il faut relever que dans la pratique judiciaire algérienne, c’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un procès en appel devant la chambre correctionnelle est fixé seulement 4 jours après le prononcé du jugement en première instance. Cette précipitation du parquet général, dirigé par Sid Ahmed Mourad, récemment nommé à ce poste et ancien directeur des affaires pénales du ministère de la justice, traduit selon les avocats de la défense ( Me Badi Abdelghani, Zoubida Assoul et Bouchachi Mustapha)  la volonté des autorités de le maintenir en prison et d’éviter ainsi qu’il ne puisse comparaitre librement devant la Cour.

Pour rappel M. Karim Tabou avait été arrêté le 11 septembre devant son domicile par des hommes en tenue civile qui se sont présentés comme appartenant « à la sécurité ». Ils avaient alors déclaré à son épouse « qu’il reviendra à la maison dans les deux heures” et n’avaient présenté ni de mandat d’arrêt, ni de justification légale à son arrestation.

M. Karim Tabou a été inculpé « d’atteinte au moral de l’armée » et placé en détention préventive et ce, pour avoir affirmé la nécessité d’établir un Etat de droit dans lequel l’armée devait se tenir à son rôle constitutionnel, revendication première des manifestants pacifiques dans tout le pays qui appellent à l’instauration d’un pouvoir civil en Algérie.

La condamnation aujourd’hui de Karim Tabou à la suite d’un procès expéditif et en violation de toutes les règles du droit national et des principes du procès équitable instituées par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l'Algérie constitue un précèdent particulièrement grave et traduit une volonté d’escalade dans la répression des autorités militaires algériennes et leur refus d’engager un processus de dialogue national incluant toutes les couches de la société.
Alkarama a saisi aujourd’hui en urgence les procédures spéciales des Nations Unies pour les informer des détails de la situation de M. Karim Tabou de son état de santé particulièrement préoccupant et de sa condamnation prononcée à l’issue d’un procès inéquitable et en violation des dispositions du Pacte international relatifs aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie.

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