Alkarama a appris que les autorités émiraties ont libéré l’homme d’affaires yéménite Abdullah Ali Abdulhafidh Abdelwahab, après près de quatre années de détention arbitraire, en lien avec des publications dans lesquelles il critiquait les frappes aériennes émiraties visant des forces relevant du gouvernement reconnu au Yémen.
Les Émirats arabes unis ont également libéré, au même moment, le photojournaliste yéménite Khaled Saleh Al-Zahr Al-Yafai, après près de cinq années de détention à la prison d’Al-Wathba, sans qu’aucune annonce officielle ne précise les motifs ou les circonstances de sa détention ou de sa libération. Al-Yafai avait été arrêté à l’aéroport d’Aden au début de l’année 2021 et transféré à Abou Dhabi, avant que son retour à Aden ne soit finalement annoncé.
En mars 2025, Alkarama avait saisi les procédures spéciales des Nations Unies au sujet de l’homme d’affaires yéménite Abdullah Abdelwahab, soulignant que son arrestation et sa détention ne reposaient sur aucune base légale.
Contexte de l’affaire
Le 19 octobre 2022, M. Abdelwahab a été arrêté dans l’émirat de Sharjah par le Service de sécurité de l’État émirati, sans mandat d’arrêt ni explication officielle. Ce n’est que deux semaines plus tard que sa famille a reçu un premier appel téléphonique, très bref, au cours duquel elle a appris qu’il était détenu à Abou Dhabi. Depuis lors, il a été privé du droit de bénéficier de l’assistance d’un avocat et maintenu isolé du monde extérieur sous étroite surveillance.
Selon des témoignages fiables, M. Abdelwahab a été condamné à 15 ans de prison pour avoir publié, en 2019 sur Facebook, des messages critiquant les frappes aériennes émiraties au Yémen. Bien que ces publications aient été entièrement pacifiques et relèvent de la liberté d’expression garantie par le droit international, elles lui ont valu une lourde condamnation.
M. Abdelwahab était détenu à la prison fédérale d’Al-Sadr, à Abou Dhabi, dans des conditions inhumaines. Il n’était pas autorisé à communiquer régulièrement avec sa famille et, lorsqu’un appel téléphonique lui était accordé, celui-ci ne durait pas plus d’une minute, laissant sa famille dans une inquiétude constante quant à sa sécurité.
En plus d’être privé de visites familiales, M. Abdelwahab était soumis à des conditions de détention particulièrement difficiles. Au début du mois de mars 2025, il a entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention et la condamnation prononcée à son encontre.
L’affaire de l’homme d’affaires yéménite s’inscrit dans le cadre d’une politique de répression plus large menée par les autorités émiraties, de nombreuses personnes ayant été emprisonnées pendant de longues années pour avoir exercé pacifiquement leur liberté d’expression sur les réseaux sociaux. Cette répression s’appuie notamment sur un cadre juridique restrictif, tel que la législation sur la cybercriminalité, qui érige en infraction toute critique considérée comme portant atteinte à l’État ou à son image.
Action d’Alkarama
Face à ces violations, Alkarama a saisi, le 11 mars 2025, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA), soulignant que l’arrestation et la détention de M. Abdelwahab ne reposaient sur aucune base légale et que la condamnation prononcée à son encontre constituait des représailles pour l’exercice de son droit à la liberté d’opinion et d’expression.
Alkarama appelle de nouveau les Nations Unies et la communauté internationale à faire pression sur les autorités émiraties afin qu’elles mettent fin aux politiques de répression, d’intimidation et de détention arbitraire, et qu’elles libèrent immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues pour leurs opinions ainsi que les prisonniers politiques, tout en garantissant le respect de leurs droits fondamentaux, notamment leur droit à réparation pour les préjudices matériels et moraux subis.