Le 19 août, le monde célèbre la Journée mondiale de l’aide humanitaire, instituée par les Nations Unies en hommage aux victimes de l’attentat contre leur siège à Bagdad en 2003, alors que les travailleurs humanitaires et les acteurs de l’aide sont confrontés à l’une des vagues d’attaques systématiques les plus graves jamais enregistrées dans les zones de conflit armé, au premier rang desquelles figure la bande de Gaza occupée.
Alkarama souligne que l’action humanitaire et caritative ne constitue pas une faveur accordée par les États, mais relève pleinement des droits fondamentaux, notamment du droit à la vie, à la santé et à un niveau de vie suffisant, consacrés par les articles 22 et 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
Les données officielles du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) témoignent de la gravité de la situation : plus de 560 travailleurs humanitaires ont été tués dans la seule bande de Gaza et en Cisjordanie au cours des trois dernières années, sur quelque 1 010 décès enregistrés dans le monde durant la même période. L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a par ailleurs documenté la mort de 392 membres de son personnel à Gaza.
Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu en octobre 2025, les autorités israéliennes continuent d’imposer de sévères restrictions à l’acheminement de l’aide et à l’accès des équipes humanitaires, ainsi que de prendre pour cible des convois dûment coordonnés. Le dernier cas en date est la mort, en avril 2026 à Khan Younès, du conducteur d’un convoi médical de l’Organisation mondiale de la Santé.
Ces pratiques ne sauraient être considérées comme des incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une politique systématique contraire aux dispositions des quatre Conventions de Genève et de leurs Protocoles additionnels, qui interdisent de faire obstacle à l’acheminement impartial de l’aide humanitaire et appellent à une action internationale urgente en matière de responsabilité.
Parallèlement aux atteintes commises sur le terrain, Alkarama observe depuis 2004 une tendance croissante au durcissement des mesures législatives et administratives visant l’espace civique et caritatif dans la région arabe, dans laquelle le recours à la législation antiterroriste sert à criminaliser l’action humanitaire, notamment par le gel d’avoirs et de comptes sur la base de listes de personnes ou d’entités terroristes établies selon des critères larges et dépourvues de garanties minimales de contrôle judiciaire.
De nombreux gouvernements poursuivent également des acteurs des droits humains et de l’aide humanitaire pour « soutien au terrorisme » du seul fait de l’exercice de leurs activités sur le terrain, sans qu’aucune intention criminelle ne soit établie. Des organisations humanitaires et de défense des droits humains sont en outre arbitrairement inscrites sur des listes terroristes par des décisions unilatérales dépourvues de fondement judiciaire, comme Alkarama en a elle-même fait l’objet de la part des Émirats arabes unis en 2014.
Alkarama rappelle que ces pratiques sont expressément incompatibles avec la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies (résolution 60/288 de l’Assemblée générale), ainsi qu’avec les recommandations formulées dans les rapports du Secrétaire général et des rapporteurs spéciaux, qui soulignent la nécessité de respecter les droits humains et le droit international humanitaire et de ne pas invoquer la lutte contre le terrorisme pour étouffer l’action civile et humanitaire impartiale.
Face à ces violations multiples, Alkarama appelle à ce que la puissance occupante israélienne soit tenue de mettre immédiatement fin aux attaques visant les personnels humanitaires et d’ouvrir tous les points de passage à l’aide humanitaire, sans restriction ni condition.
Elle appelle également à réviser les législations arabes relatives à la lutte contre le terrorisme et son financement, à en préciser les définitions afin d’en exclure explicitement les activités humanitaires et caritatives légitimes, à mettre fin aux restrictions bancaires arbitraires et à garantir des voies de financement sûres aux organisations humanitaires. Alkarama demande en outre que les décisions d’inscription sur les listes terroristes soient soumises à un contrôle juridictionnel indépendant garantissant un droit de recours et un recours effectif.
Alkarama rapelle qu’elle travaille avec les mécanismes des Nations Unies, notamment les rapporteurs spéciaux, afin de documenter les effets dévastateurs de ces mesures sur l’action humanitaire. Elle réaffirme son engagement à poursuivre le suivi et la documentation de ces violations et à les porter à l’attention des mécanismes compétents des Nations Unies, afin de rappeler que la protection de l’espace humanitaire constitue le premier rempart pour préserver la dignité humaine en temps de conflit.