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سعيدة العلمي

Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA) a adopté, lors de sa 105e session tenue le 24 mars 2026, un Avis n° 8/2026 concluant au caractère arbitraire de la privation de liberté de la militante marocaine Saida El Alami. 

Cet avis fait suite à la requête introduite par Alkarama le 16 octobre 2025 au nom de la famille de Mme El Alami. 

Rappel des faits 

Blogueuse et défenseure des droits humains connue pour ses prises de position critiques, Saida El Alami a été enlevée sur la voie publique le 1er juillet 2025 à Casablanca par des policiers en civil, peu après avoir diffusé en direct sur les réseaux sociaux une manifestation dénonçant le décès d’un détenu. 

Privée de l’assistance d’un avocat lors de son interrogatoire initial, elle a été poursuivie pour plusieurs publications en ligne sur le fondement de différentes infractions relatives notamment à l’outrage à magistrat, à l’outrage envers un corps constitué et à la diffusion de fausses allégations. 

Le 16 septembre 2025, elle a été condamnée à trois ans d’emprisonnement ferme et à une amende de 20 000 dirhams, peine confirmée en appel le 17 décembre 2025. 

Des représailles en détention 

Dans le cadre de la procédure engagée devant le Groupe de travail à la suite de la requête d’Alkarama, Mme El Alami rapporte avoir fait l’objet, le 25 décembre 2025 à la prison d’Oukacha, d’actes de représailles après avoir été interrogée sur sa saisine des mécanismes des Nations Unies. Elle a été agressée physiquement et humiliée devant d’autres détenues, tandis que ses effets personnels étaient déchirés et mouillés et qu’elle était privée de vêtements de rechange. 

Ces faits, portés immédiatement à la connaissance du Groupe de travail par Alkarama le 30 décembre 2025, ont été examinés dans le cadre de la procédure. 

Le Groupe de travail s’est déclaré gravement préoccupé par ces représailles liées au recours aux mécanismes des Nations Unies, rappelant qu’elles portent atteinte aux droits garantis par les articles 9 et 14 du Pacte et doivent faire l’objet d’une enquête rapide et approfondie. 

Les conclusions du GTDA 

Dans son avis, le Groupe de travail conclut que la détention de Saida El Alami est arbitraire et constitue une violation des obligations internationales du Maroc en matière de droits humains. 

Il relève des atteintes au droit à la liberté et à la sûreté de la personne, au droit à un procès équitable ainsi qu’à la liberté d’expression. Il souligne également que les poursuites engagées contre Mme El Alami sont intervenues dans le contexte de ses activités de défense des droits humains et de ses prises de position critiques. 

Le Groupe de travail rappelle ainsi les obligations du Maroc en tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, notamment l’obligation de respecter les libertés fondamentales et de ne pas recourir à des privations arbitraires de liberté. 

Mesures demandées aux autorités marocaines 

Dans son avis, les experts indépendants du Groupe de travail ont appelé à la libération immédiate de Mme El Alami, l’octroi d’une réparation appropriée, notamment sous forme d’indemnisation, ainsi que l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances de sa détention et sur les représailles commises en détention. 

Les autorités marocaines sont invitées à informer le Groupe de travail, dans un délai de six mois, des mesures prises pour donner suite à cet avis. 

Le suivi par Alkarama 

À la suite de cette décision, Alkarama a saisi, le 19 juin, la Mission permanente du Royaume du Maroc auprès des Nations Unies à Genève ainsi que le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), afin de les appeler à encourager la mise en œuvre des recommandations du Groupe de travail. 

Alkarama assurera le suivi de cet avis auprès des autorités concernées et des mécanismes des Nations Unies afin de veiller à sa mise en œuvre effective.