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السودان .. الدعم السريع

La procureure adjointe de la Cour pénale internationale, Nazhat Shameem Khan, a déclaré que, sur la base des informations et preuves recueillies par la Cour, le bureau du procureur estime que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis à El Fasher, dans la région du Darfour, notamment à la fin du mois d’octobre.

Lors de son intervention devant une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation au Darfour, Shameem Khan a averti que la région « subit actuellement une torture collective », soulignant que la prise d’El Fasher par les Forces de soutien rapide s’accompagne d’une campagne organisée et systématique de souffrances graves, visant notamment les communautés non arabes. 

Elle a précisé que ces violations incluaient le viol, les arrestations arbitraires, les exécutions et l’existence de fosses communes et a insisté sur le fait que ces crimes ont été commis à grande échelle et de manière organisée. 

Shameem Khan a ajouté que les vidéos analysées par le bureau du procureur révèlent un schéma similaire à celui des crimes déjà enregistrés dans d’autres régions du Darfour, comprenant la détention de personnes issues de tribus non arabes, leur mauvais traitement et leur exécution extrajudiciaire. Certaines séquences montrent même des membres des Forces de soutien rapide célébrant des exécutions sommaires avant de profaner les corps. 

Violence sexuelle comme arme de guerre 

Concernant les événements survenus dans la ville d’Al Genaïna 2023, Shameem Khan a indiqué que les enquêtes ont mis en évidence des attaques contre des camps de déplacés internes, des pillages, des ciblages aléatoires de civils, des arrestations, des crimes liés au genre et des crimes contre des enfants. 

Elle a affirmé que les preuves montrent que les schémas d’atrocités observés à d’Al Genaïna en 2023 se sont reproduits à El Fasher en 2025, estimant que ces crimes se répètent de ville en ville au Darfour, dans un contexte de conflit continu et d’impunité persistante. 

Elle a souligné que la violence sexuelle, y compris le viol, est employée comme instrument de guerre au Darfour et a précisé que l’enquête systématique et efficace sur ces crimes demeurera une priorité majeure de la Cour pénale internationale dans les années à venir. 

Mises en garde des Nations unies face à l’intensification de la catastrophe humanitaire

Ces déclarations interviennent après l’avertissement du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, selon lequel la guerre au Soudan a plongé le pays dans un abîme d’une ampleur inimaginable, affirmant que les droits humains doivent être au cœur de toute initiative visant à mettre fin à la guerre et à reconstruire le Soudan. 

Lors d’une conférence de presse tenue à Nairobi, à l’issue d’une visite de cinq jours à Port-Soudan et dans le Nord, Türk a déclaré que la guerre affectait chaque parcelle du pays et chaque citoyen, soulignant l’ampleur de la souffrance humanitaire. 

Il a assuré que l’esprit de lutte pour la paix, la justice et la liberté n’était pas brisé, malgré près de trois ans de conflit. 

Ciblage des infrastructures civiles 

Le Haut-Commissaire a également mis en garde contre les attaques répétées contre les infrastructures civiles, y compris le barrage de Merowe, qui fournissait environ 70 % de l’électricité du Soudan, frappé par des drones des Forces de soutien rapide. 

Il a précisé que ces attaques perturbent le fonctionnement des hôpitaux, des réseaux d’irrigation et l’accès à l’eau potable, contribuant à la propagation des maladies et aggravant la souffrance humanitaire, tout en soulignant que ces agressions pourraient constituer des crimes de guerre au regard du droit international humanitaire. 

Türk a conclu que le Soudan, malgré tous ces défis, continue de manifester une forte volonté de résilience et de lutte pour un futur de paix et de justice. 

Activitisme d'Alkarama 

Au cours des dernières années, Alkarama a suivi de près une série étendue de violations graves commises par les Forces de soutien rapide dans différentes régions du Soudan. Alkarama a documenté des schémas répétitifs de crimes incluant des enlèvements, des disparitions forcées, la torture et d’autres mauvais traitements infligés à des civils, des activistes et à des personnes soupçonnées d’opposition. 

Les enquêtes et témoignages recueillis par Alkarama montrent que ces violations ne constituent pas des incidents isolés, mais s’inscrivent dans des pratiques systématiques visant à instaurer la peur et à réduire au silence les voix dissidentes, en violation flagrante du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire.