La Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens, Francesca Albanese, a déclaré que la torture « systématique » exercée par Israël contre les Palestiniens — rendue possible depuis des décennies par l’impunité et un soutien politique — est désormais utilisée comme un outil dans le génocide en cours dans ce territoire.
Dans un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, elle a indiqué : « Depuis le début du génocide, le système carcéral israélien s’est transformé en un espace de cruauté méthodique… Ce qui se déroulait autrefois dans l’ombre se fait aujourd’hui ouvertement : un dispositif organisé d’humiliation, de souffrance et de dégradation, validé par les plus hautes autorités politiques. »
Ce rapport intervient alors que plusieurs médias ont diffusé des informations faisant état d’actes de torture extrêmement choquants infligés à un nourrisson à Gaza par les forces israéliennes, dans le but de contraindre son père, souffrant de troubles mentaux, à avouer les raisons de son approche de positions militaires.
Des images relayées montrent les traces de sévices subis par le petit Karim, âgé d’un an et demi, fils d’Oussama Abou Nassar. Selon des témoins et des sources médicales, l’enfant a été enlevé avec son père à proximité de leur domicile, à l’est du camp d’Al-Maghazi, dans le centre de la bande de Gaza. L’armée israélienne aurait emmené l’enfant afin d’interroger le père, blessé par balle à un point de contrôle, tout en infligeant des tortures à l’enfant devant lui pour lui arracher des aveux. D’après des témoins, « les soldats éteignaient des cigarettes sur la jambe de l’enfant, le piquaient et lui enfonçaient un clou métallique dans la jambe ».
Francesca Albanese a également précisé que des politiques mises en place par de hauts responsables, « dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir », ont donné un caractère institutionnel à la torture, aux punitions collectives et aux conditions de détention inhumaines.
Elle a souligné que les responsables de ces « graves violations des droits humains — qui ne sauraient être tolérées même en période de guerre — doivent faire l’objet d’enquêtes et être traduits en justice, y compris devant la Cour pénale internationale ».
Le rapport indique que plus de 18 500 Palestiniens dans le territoire occupé — dont au moins 1 500 enfants — ont été arrêtés depuis octobre 2023, et que des milliers d’entre eux restent détenus sans inculpation ni jugement.
Beaucoup auraient été victimes de disparitions forcées et près de 100 personnes seraient mortes en détention. Selon le rapport, les détenus ont subi des violences « inimaginables », notamment des viols à l’aide de bouteilles, de barres métalliques et de couteaux, la privation de nourriture, des fractures d’os et de dents, des crachats, des agressions ainsi que des attaques de chiens accompagnées d’actes d’humiliation.
Le document présenté au Conseil des droits de l’homme souligne que la torture ne se limite pas aux prisons. Il affirme qu’« Israël a instauré un environnement de torture dans l’ensemble du territoire palestinien occupé » à travers des bombardements continus, des déplacements forcés, la famine, la destruction des habitations, des hôpitaux et des infrastructures, une surveillance généralisée et « la terreur » exercée par les soldats ainsi que par « des milices de colons ».
Albanese a déclaré que les Palestiniens « à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est vivent une souffrance permanente. Il n’existe aucun refuge ni lieu sûr où vivre ».
Le rapport conclut que « le recours systématique à la torture — combiné à une campagne plus large de destruction visant les Palestiniens — fait partie intégrante du génocide en cours et inflige de graves atteintes physiques et psychologiques au peuple palestinien en tant que groupe ».
L’experte indépendante a insisté sur la nécessité pour Israël de mettre immédiatement fin à tous les actes de torture et de mauvais traitements, de permettre l’accès aux enquêteurs internationaux et aux organisations humanitaires, et de garantir que les responsables répondent de leurs actes, afin de mettre un terme à l’occupation.
Elle a appelé les États membres de l’ONU à respecter leurs obligations juridiques visant à prévenir et sanctionner le génocide, la torture et les autres violations graves du droit international, notamment en menant des enquêtes et en émettant des mandats d’arrêt contre les responsables, citant « Itamar Ben Gvir, Bezalel Smotrich et Israel Katz ».
Elle a enfin rappelé que le droit international interdit la torture de manière absolue, sans aucune exception.