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العمل الخيري

Le monde célèbre chaque année, le 5 septembre, la Journée internationale de la charité, proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 67/105 du 17 décembre 2012. Cette année, cette journée intervient alors que les restrictions imposées à l’espace caritatif et humanitaire dans le monde arabe s’intensifient, révélant un contraste saisissant entre les garanties consacrées par le droit international des droits de l’homme en faveur de la liberté d’action caritative, en tant que prolongement essentiel des droits à la vie, à la santé et à un niveau de vie suffisant, et une réalité dans laquelle les régimes restreignent ce secteur vital et le soumettent à une logique sécuritaire plutôt qu’à une logique de solidarité. 

En outre, les organisations caritatives complètent l’action des autorités publiques, notamment en période de crise. Lorsque l’espace caritatif est fermé, les autorités se retrouvent incapables d’assurer les aides nécessaires, comme cela s’est récemment produit lors des incendies dans l’est de l’Algérie. 

Alors que les associations caritatives prospèrent en Occident, y compris celles à caractère religieux, dans un environnement de liberté relative qui leur permet de recueillir chaque année des milliards de dollars de dons, de nombreux gouvernements arabes continuent de restreindre l’action caritative, d’en monopoliser le champ et de la limiter à un nombre restreint d’entités placées sous leur contrôle direct, sous divers prétextes. 

L’accaparement de l’action caritative est ainsi devenu en lui-même un nouveau trait de l’autoritarisme dans le monde arabe : l’espace de solidarité citoyenne, qui s’était longtemps développé indépendamment de l’État, est désormais devenu un instrument supplémentaire de domination politique, régi par une logique de dépendance plutôt que par celle du libre engagement. 

Les événements du 11 septembre 2001 n’ont fait qu’accentuer ces restrictions : les agences de sécurité américaines, avec la complicité de nombreux gouvernements arabes, ont imposé des restrictions sévères aux organisations caritatives, gelé leurs avoirs, dissous leurs structures et placé des dizaines de leurs militants en détention dans des prisons tristement célèbres. 

Dans ce contexte, les archives d’Alkarama documentent, depuis sa création en 2004, un recours croissant aux législations relatives à la « lutte contre le terrorisme » comme instrument pour étouffer l’action humanitaire et caritative, notamment par le gel des avoirs sur la base de listes administratives d’organisations « terroristes » aux critères vagues, dépourvues des garanties minimales d’un contrôle judiciaire. Alkarama elle-même a été confrontée à cette pratique lorsqu’elle a été inscrite, en 2014, sur une liste émirienne d’organisations « terroristes » en raison de ses seules activités en faveur des droits humains. 

Cette tendance ne s’est pas infléchie au cours de l’année écoulée ; elle s’est au contraire accentuée sur plusieurs fronts. En Palestine occupée, les autorités d’occupation israéliennes ont fermé, en juillet 2026, l’association caritative « Al-Tadamoun » à Naplouse et saisi ses fonds, affirmant qu’elle avait détourné son activité de sa vocation caritative pour devenir une façade civile utilisée afin de soutenir des activités liées au Hamas. Cette mesure reproduit un schéma désormais bien connu consistant à qualifier de « terroriste » toute action humanitaire indépendante dans les territoires occupés. 

Au Yémen, les Houthis ont intensifié leur campagne contre les travailleurs humanitaires et internationaux. Quelques jours seulement après un discours mobilisateur de leur dirigeant visant les organisations d’aide, des forces relevant de leur appareil de sécurité et de renseignement ont fait irruption, à bord de véhicules blindés, dans le complexe résidentiel des Nations unies à Sanaa et en ont coupé l’électricité et les communications. Alors que le groupe ignore totalement les appels internationaux à mettre fin aux poursuites visant les employés des organisations internationales et humanitaires, il se prépare à renvoyer une nouvelle série d’employés des Nations unies, de travailleurs humanitaires et de diplomates devant un tribunal spécialisé dans les affaires de « terrorisme ». 

En Tunisie, un rapport sur les droits humains publié cette année a documenté une intensification des violations visant des associations et des militants de la société civile entre mai 2024 et la fin mai 2026, recensant 88 cas de restrictions et de poursuites. Un autre rapport international a fait état de poursuites visant quelque 47 acteurs de la société civile, dont au moins 14 ont fait l’objet de condamnations judiciaires, parmi lesquels la défenseure des droits humains Saadia Mosbah. L’activité d’au moins vingt associations civiles et caritatives a par ailleurs été suspendue. 

Face à cette situation complexe, Alkarama réaffirme que la lutte contre le terrorisme ne saurait servir de prétexte à l’étouffement de l’action civile et humanitaire impartiale, conformément à la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations unies et aux recommandations des rapporteurs spéciaux

Alkarama appelle les gouvernements arabes à réviser leur législation relative à la lutte contre le terrorisme et son financement afin d’en exclure expressément les activités caritatives et humanitaires légitimes, à lever les restrictions bancaires arbitraires imposées aux associations, à garantir des voies financières sûres pour l’action humanitaire et à soumettre les décisions d’inscription sur les listes de terrorisme à un contrôle judiciaire indépendant garantissant le droit de recours et un recours effectif. 

Alkarama souligne que les sociétés arabes et musulmanes ne pourront parvenir à un développement durable ni à un véritable bien-être qu’en libérant l’action caritative individuelle et collective de la tutelle sécuritaire des régimes. Cette action, comme les autres droits et libertés, ne peut prospérer que dans un climat de liberté, à l’abri de l’emprise du pouvoir autoritaire.