Koweit : Tortures et mauvais traitements de M. Al-Dhafeery

Alkarama for Human Rights, 4 juillet 2008

Alkarama a adressé une communication au Rapporteur spécial sur la torture à propos de M. Adel Al-Dhafeery qui a été arrêté le 22 mai 2008 par des agents de la Sûreté et embarqué à leur siège où il a été brutalement torturé.

M. Adel Aqel Salem Al-Dhafeery, âgé de 27 ans et demeurant Al-Jahra, Al-Ouyoun, Koweït,  a été arrêté le 22 mai 2008 vers 17 heures dans la région d'Al-Jahra alors qu'il se rendait à son domicile à bord de son véhicule. Il a été percuté violemment et volontairement par un véhicule de police de couleur noire.

De nombreux agents armés et portant des cagoules l'ont alors violemment sorti de son véhicule accidenté, l'ont roué de coups, lui ont bandé les yeux et attaché les mains et les pieds avant de le conduire dans les locaux de la Sûreté d'Etat. La scène s'est passée sur la voie publique en présence de nombreux témoins.

M. Al-Dhafeery rapporte qu'une fois arrivé au siège de la Sûreté, des agents lui ont bandé les yeux, attaché les pieds et les mains, photographié et pris ses empreintes digitales, sans qu'aucune accusation ne lui soit présentée et sans que personne ne l'informe de la raison pour laquelle il avait été arrêté. Puis il a été placé dans une cellule.

A la tombée de la nuit, il a subi un premier interrogatoire, sous l'accusation d'avoir donné une aumône de 105 dinars à des familles nécessiteuses au Koweït, ce qu'il a nié en précisant que si c'était le cas, ce serait une noble action que de donner de son argent aux personnes nécessiteuses.

L'interrogatoire se déroulait les yeux bandés, les mains liées au dos et les pieds attachés, sous les coups des tortionnaires sur toutes les parties du corps. A une heure tardive de la nuit, il a été ramené dans sa cellule d'isolement.

Le lendemain à la même heure au coucher de soleil, les séances de torture ont repris, avec une nouvelle accusation, celle d'avoir, parmi ses connaissances une personne qui serait responsable de l'envoi de jeunes gens en Afghanistan. M. Al-Dhafeery a répondu qu'il connaissait bien la personne en question mais que cette dernière n'avait jamais envoyé personne ni en Afghanistan ni ailleurs. La séance de torture s'est cependant poursuivie toute la nuit jusqu'à l'aube.

M. Al-Dhafeery rapporte qu'au cours de cet interrogatoire, il a subi le supplice de l'eau glacée ainsi que des coups de bâton sur la plante des pieds. Lorsque ses pieds ont gonflé, ses tortionnaires lui ont demandé de remuer ses membres inférieurs, pour, semble-t-il,  éviter la coagulation du sang. Ils lui ont également demandé de courir, les yeux bandés et les mains et les pieds attachés, dans un long couloir jusqu'à ce qu'il soit incapable de marcher de fatigue et de douleur

Il a été contraint de rester debout pendant plusieurs heures en dépit de son état, de ses cris de douleur et de ses supplications. Ce n'est que lorsqu'il a commencé à éprouver des difficultés respiratoires et que son état se dégradait dangereusement qu'il lui a été permis de s'asseoir, tout en continuant à faire l'objet de questions.

Les séances d'interrogatoires et de tortures sous forme de tortures psychologiques se sont poursuivies le lendemain par des menaces " de disparaître définitivement sans que personne ne soit informé " ou " de moisir des années dans la prison centrale sans procès et sans que personne ne soit informé ". Il a été ensuite placé dans une salle glacée toujours sous les menaces et les insultes pendant plusieurs heures.

Le même jour, samedi 24 mai 2008, à 19h00 M. Al-Dhafeery a été présenté devant le procureur général qui l'a interrogé à propos de l'aumône de 105 dinars.

Lorsqu'il s'est plaint devant ce magistrat des tortures qu'il a subies et qu'il lui a montré les traces visibles des sévices, celui-ci a refusé d'enregistrer une plainte ou de prendre en compte ses déclarations. Il a notamment refusé de requérir une expertise médicale comme le lui a demandé la victime tout en ordonnant son placement en détention provisoire pendant 15 jours " pour les besoins de l'enquête ".

M. Al-Dhafeery est persuadé que cette mesure de détention n'a été ordonnée que pour faire disparaître les traces de torture.

De fait, au terme de ce délai, il a été libéré sous caution.

A la suite de sa libération M. Al-Dhafeery a insisté afin qu'un certificat médical soit établi pour constater les traces de tortures qui n'avaient pas encore totalement disparues et il s'est vu ainsi délivré une attestation manuscrite sur un formulaire de la Direction générale des enquêtes du Ministère de l'Intérieur, intitulé " Rapport médical préliminaire " daté du 22/06/1448 du calendrier hégirien (correspondant au 26 juin 2008) et une signature illisible du médecin et un cachet avec la mention " Chirurgie, Hôpital Al-Jahoud ".

Il est à noter que cet examen a eu lieu un mois et 4 jours après son arrestation.

Il ressort de ce certificat médical les mentions suivantes :
" Adel Aqel Al-Dhafeery  prétention d'un accident de voiture il y a deux semaines. L'examen a démontré l'existence :
-de traces d'hématomes au niveau du pied droit
-un hématome au genou droit
Il a été fait le nécessaire. "

Il est également à noter que le médecin a refusé de prendre en compte ses déclarations relatives à la date et aux circonstances de son arrestation ainsi qu'aux tortures qu'il a subies au cours de ses interrogatoires se contentant de relever " un accident de voiture".

Le cas de Adel Aqel Salem Al-Dhafeery ne constitue pas une situation isolée Cette pratique tend à se généraliser ces dernières années au Koweït sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme.

Le Koweït est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (21 mai 1996) et à la Convention contre la torture (08 mars 1996).


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