Alkarama a documenté des centaines de cas de disparition forcée et de détention secrète en Égypte depuis le coup d’État de juillet 2013, malgré les dénégations persistantes des autorités égyptiennes quant à l’existence d’un tel phénomène dans le pays, a déclaré Mohamed Al-Ahmadi, chercheur en droit et responsable de la communication et des médias de l’organisation.
Cette déclaration a été faite lors d’un séminaire organisé par l’Organisation pour la justice et les droits de l’homme en coopération avec le Centre Insan d’études médiatiques à Istanbul, à l’occasion de la Journée internationale des victimes de disparition forcée. Al-Ahmadi y a présenté le travail mené par Alkarama depuis plus de deux décennies pour documenter ces violations et les porter devant les mécanismes internationaux des droits humains.
Mohamed Al-Ahmadi a rappelé que la question de la disparition forcée constitue une priorité du travail d’Alkarama depuis plus de 22 ans dans plusieurs pays arabes. L’organisation a toutefois renforcé son action concernant l’Égypte à la suite du coup d’État de juillet 2013, au regard de l’ampleur des violations commises dans le pays et des efforts persistants des autorités pour nier l’existence de la disparition forcée et accuser les organisations de défense des droits humains de diffuser des allégations à caractère politique.
Il a précisé que l’action d’Alkarama dans les affaires de disparition forcée repose sur plusieurs démarches menées parallèlement, notamment l’envoi d’appels urgents et de communications au Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, ainsi que, selon la nature de chaque affaire, au Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et au Groupe de travail sur la détention arbitraire.
L’organisation a également élaboré des rapports consacrés à des problématiques structurelles et engagé des démarches en matière de responsabilité internationale, notamment à travers ses contributions aux cycles de l’Examen périodique universel consacrés à l’Égypte en 2009 et 2014, un rapport sur la persistance de la torture six mois après la levée de l’état d’urgence, ainsi qu’un rapport d’établissement des faits concernant les événements de Port-Saïd en février 2013.
Alkarama a également soumis un rapport au Comité des Nations Unies contre la torture en octobre 2023, ainsi qu’un rapport au Sous-Comité d’accréditation de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme en juin 2024, portant sur l’évaluation de l’action du Conseil national des droits de l’homme en Égypte et sur sa conformité aux Principes de Paris.
Sur le plan médiatique et documentaire, Mohamed Al-Ahmadi a indiqué qu’Alkarama continue chaque année de commémorer la dispersion du sit-in de Rabaa al-Adawiya, le 14 août 2013, en mettant en lumière le lien entre les violations commises à cette occasion et la persistance de l’impunité. L’organisation poursuit également son suivi de la situation des droits humains en Égypte à travers ses rapports périodiques.
Il a par ailleurs évoqué la participation d’Alkarama à la campagne « Prisonniers de la liberté », à l’occasion de la 62e session du Conseil des droits de l’homme en juin 2026, afin de faire pression en faveur de la libération des détenus d’opinion, en s’appuyant sur la qualité de membre de l’Égypte au sein du Conseil jusqu’en 2028.
Mohamed Al-Ahmadi a souligné que les résultats du travail en faveur des droits humains ne peuvent pas toujours être mesurés à travers des victoires immédiates ou globales. Il a relevé que son impact s’inscrit dans la durée et que la documentation continue des violations et leur soumission aux mécanismes internationaux peuvent contribuer à en réduire la fréquence lorsque les autorités savent qu’elles font l’objet d’un suivi et d’un processus de reddition de comptes.
Il a indiqué que plusieurs affaires suivies par Alkarama en coopération avec des organisations locales avaient donné lieu à des résultats concrets, notamment lorsque le sort de certaines personnes disparues avait été établi, que celles-ci avaient été officiellement présentées devant le parquet ou qu’elles avaient été libérées. Il a estimé que le passage d’une victime d’une situation de disparition complète à une détention officiellement reconnue et juridiquement encadrée constitue, malgré ses limites, une étape déterminante.
Il a également souligné que la documentation menée sur le terrain avait contribué à remettre en cause les dénégations officielles concernant l’existence de la disparition forcée en Égypte, faisant évoluer le débat de la question de l’existence du phénomène vers celle de son ampleur et de la responsabilité des parties impliquées. Elle a également permis que cette question soit régulièrement portée devant les mécanismes des droits humains des Nations Unies.
En conclusion de son intervention, Mohamed Al-Ahmadi a insisté sur la nécessité de maintenir la question des personnes victimes de disparition forcée dans le monde arabe à l’ordre du jour des mécanismes des Nations Unies. Il a appelé les familles des victimes à ne pas perdre espoir et souligné l’importance de poursuivre leur lutte légitime pour connaître le sort de leurs proches et mettre fin aux situations de disparition et de dissimulation dans les lieux de détention relevant des autorités.