ARABIE SAOUDITE : La détention arbitraire de Aïda AL GHAMDI et son fils Adel AL GHAMDI devant le Groupe de travail de l’ONU

عائدة الغامدي

Le 14 septembre 2022, Alkarama a soumis la situation d’Aïda AL GHAMDI et de son fils, Adel AL GHAMDI, au Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire.

Tous deux ont été arrêtés, sans mandat de justice, le 26 mars 2018 par des agents de la Direction générale des enquêtes du ministère de l'Intérieur (les "Mabahiths") en civil alors qu'ils circulaient en voiture dans un quartier de Djeddah.

Les faits

Le 26 mars 2018, Aïda Al Ghamdi et son plus jeune fils, Adel Al Ghamdi, ont tous deux étés arrêtés sans mandat par des membres des Mabahiths en civil alors qu'ils se trouvaient dans leur voiture à la hauteur du centre commercial de Hay al Jamiaa.

Les Mabahiths sont arrivés dans plusieurs véhicules et les ont forcés à s'arrêter avant de les emmener de force vers une destination inconnue. 

Au moment même de leur arrestation, un autre fils d’Aïda Al Ghamdi, Sultan Al Ghamdi, était lui arrêté à Dammam.

Celui-ci a immédiatement été transféré à Riyad dans les locaux des Mabahiths où il a été contraint d'enregistrer une vidéo dans laquelle il dénonçait son frère Abdellah Al Ghamdi, un opposant politique au régime, réfugié au Royaume Uni.

Sous la promesse de libérer son frère et sa mère, Sultan Al Ghamdi a été forcé de déclarer que toute sa famille réprouvait Abdellah et n'avait aucun lien avec lui.

Bien que la vidéo d’enregistrement de ses déclarations ait été publiée par les services de renseignement sur les médias sociaux (Facebook et Twitter), les autorités ont refusé de libérer la mère et son autre fils. 

Quelques jours après l'arrestation des victimes à Djeddah, un agent des Mabahiths a appelé la fille d’Aïda Al Ghamdi en la menaçant que si un seul autre membre de la famille restait en relation avec Abdellah ou répondait à ses appels, sa mère et son frère seraient condamnés à mort et exécutés.

Après leur arrestation, Aïda et Adel Al Ghamdi sont restés détenus au secret dans un lieu inconnu durant trois mois. Leur famille, qui ignorait où ils se trouvaient, s'est adressée à diverses autorités, dont le ministère de l'Intérieur, mais toutes ont nié leur détention, de sorte que les deux victimes ont été placées dans une situation de disparition forcée pendant cette période.

À l’issue de ces trois mois, Aïda Al Ghamdi a été autorisée à passer un bref appel téléphonique à sa famille pour l'informer qu'elle se trouvait à la prison de Dhahban, à Jeddah. 

Au cours d'une des rares visites de leur famille à la prison de Dhaban, celle-ci a pu apprendre que les deux victimes ont été torturées l'une devant l'autre.

Toutes deux ont été sévèrement battues et ont reçu des coups de poing et des coups de pied, notamment au visage. 

Dès les premiers mois de détention à Dhahban, la famille des victimes a essayé de leur constituer plusieurs avocats mais tous ont refusé, arguant de la nature politique de l’affaire et exprimant leurs craintes de représailles.

Après treize mois à la prison de Dhahban, ils ont été transférés à celle de Dammam où ils ont finalement été présentés devant une autorité judiciaire sous l’accusation d'avoir communiqué par téléphone avec M. Abdellah Al Ghamdi et confrontés avec leurs communications qui avaient été enregistrées.

Aïda Al Ghamdi a été accusée d'avoir reçu à plusieurs reprises des sommes d'argent envoyées par son fils à titre d'aide matérielle, ce qu'elle n'a pas nié. 

Dès leur transfert à la prison de Dammam, le mari d’Aïda Al Ghamdi a tenté de constituer un avocat en vue d'un éventuel procès.

L'avocat choisi par la famille a alors tenté de consulter le dossier de ses clients et de leur rendre visite en prison mais devant le refus et les menaces de représailles des services des Mabahihs il s’est vu contraint de se retirer de l'affaire. 

Ce n'est que lors d'une visite à la prison de Dammam que la famille des deux victimes a appris qu'un procès à huis clos avait eu lieu sans avocat et que Aïda Al Ghamdi avait été condamnée à 14 ans de prison et son fils Adel Al Ghamdi à 5 ans de prison.

Les membres de la famille n'ont pas pu obtenir d'autres informations sur le processus judiciaire et les conditions dans lesquelles s'est déroulé le procès.

Mandaté par la famille des victimes, Alkarama a soumis leur situation au Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire. 

Une plainte fondée sur les graves violations des droits des deux victimes à un procès équitable

La mère et le fils ont d’abord été arrêtés sans mandat de justice et placés en détention au secret pendant les trois mois suivant leur arrestation.

Les autorités ont procédé à leur soustraction intentionnelle de la protection de la loi en les soumettant à une disparition forcée et en leur refusant l'accès au monde extérieur.

Les deux victimes ont été arrêtées et transférées à Dammam sans jamais être présentées pendant plus d’une année à une autorité judiciaire. 

L'arrestation d’Aïda Al Ghamdi et de son fils ainsi les tortures subies constituent des représailles sur la famille de M. Abdellah Al Ghamdi en raison de son engagement politique pacifique et ses dénonciations des violations des droits civils et politiques des citoyens saoudiens.

Les traitements inhumains et dégradants contre sa mère et son frère ne visent rien d’autre que de le réduire au silence.

Par ailleurs, Alkarama a démontré en l’espèce que le mépris flagrant et total des normes internationales en matière de procès équitable était d'une telle gravité que la détention actuelle des deux victimes est totalement arbitraire.

Pour toutes ces raisons, Alkarama s’est adressé au Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire et l’a invité à reconnaître le caractère arbitraire de leur privation de liberté et enjoindre à l’Arabie Saoudite de libérer Aïda AL GHAMDI et son fils, Adel AL GHAMDI.

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