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الصحافيون

Le 2 novembre marque la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2013. La protection des professionnels des médias constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs en matière de droits humains. La lutte contre l’impunité pour les crimes dont ils sont victimes est indissociable de la garantie de la liberté d’expression et du droit de chacun à accéder à l’information. 

La thématique retenue cette année porte sur l’incidence des nouvelles technologies et des armes émergentes sur les risques auxquels sont exposés les journalistes, en particulier dans les zones de conflit, comme le souligne l’ONU. Si les moyens employés pour les cibler évoluent, une réalité, elle, demeure inchangée : les auteurs de ces crimes continuent, dans leur grande majorité, d’échapper à toute forme de responsabilité et de sanction. Les conséquences de cette impunité dépassent largement les victimes et leurs familles. En laissant ces crimes sans réponse judiciaire, c’est toute la société qui se trouve privée d’un journalisme indépendant et au service de l’intérêt général, notamment des enquêtes qui mettent au jour la corruption, les violations des droits humains et les activités criminelles. 

Ces dernières années, le recul mondial de la liberté de la presse s’est accompagné d’une aggravation des menaces pesant sur les journalistes. Les agressions se sont multipliées, les poursuites judiciaires abusives destinées à réduire au silence les voix critiques et à entraver la participation au débat public (SLAPPs) se sont développées, tandis que les détentions arbitraires, les actes d’intimidation et les assassinats se sont poursuivis. Dans ce contexte, l’exercice du journalisme indépendant comporte des risques toujours plus importants. L'absence de progrès significatifs dans la lutte contre l’impunité se traduit notamment par une augmentation du nombre de journalistes tués dans les zones de conflit. 

D’après les données de l’Observatoire de l’UNESCO sur les journalistes assassinés, plus de 1 600 journalistes ont été tués dans le monde entre 2006 et 2025, et près de six affaires sur sept n’ont toujours pas été résolues par la justice. L’impunité contribue ainsi à la répétition de ces crimes et témoigne souvent de l’intensification des conflits ainsi que de l’effondrement des systèmes législatifs et judiciaires. L’UNESCO souligne que l’absence de poursuites et de sanctions affecte des sociétés entières, en laissant dans l’ombre de graves violations des droits humains, ainsi que des faits de corruption et de criminalité. Face à cette situation, les gouvernements, la société civile, les médias et l’ensemble des acteurs œuvrant au renforcement de l’État de droit sont appelés à participer aux efforts internationaux visant à mettre un terme à ce phénomène. 

Le rapport de l’UNESCO sur la sécurité des journalistes et l’impunité pour la période 2024-2025 recense 97 journalistes tués dans les pays arabes, soit le bilan le plus élevé parmi toutes les régions du monde. La Palestine figure en tête de ce bilan, avec au moins 30 journalistes tués en 2024 et 32 en 2025. Le rapport relève également que les drones ont été utilisés pour tuer plus d’un quart des journalistes au cours de cette période. La majorité de ces cas ont été enregistrés en Palestine, où 32 journalistes ont été tués par l’occupation israélienne. 

Pour Alkarama, ces chiffres témoignent de la réalité imposée par l’occupation israélienne dans le territoire palestinien occupé, et plus particulièrement de la guerre dévastatrice menée contre la bande de Gaza, au cours de laquelle les journalistes civils, pourtant protégés par le droit international humanitaire, sont devenus des cibles récurrentes. Depuis 2006, près de 100 journalistes locaux ont été tués en Palestine. Selon le rapport de l’UNESCO, les journalistes locaux représentent 91 % des journalistes tués dans les zones de conflit armé. Ces chiffres rappellent que ceux qui risquent leur vie pour informer le monde sont, avant tout, des femmes et des hommes issus des territoires où ils exercent leur métier. En 2025, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a appelé à garantir la protection des journalistes à Gaza et à permettre aux médias étrangers d'y accéder sans entrave, soulignant ainsi que le territoire demeure fermé aux témoins internationaux. 

Alkarama considère que la multiplication des attaques contre les journalistes en Palestine, en l’absence d’enquêtes indépendantes et de poursuites contre leurs auteurs, engage la responsabilité de l’occupation israélienne au regard du droit international quant à la protection des journalistes. Elle appelle à l’ouverture d’enquêtes internationales sur les crimes de guerre commis, à la mobilisation des mécanismes de justice pénale internationale et à la levée de toutes les restrictions à l’accès de la presse internationale à Gaza. En s’attaquant à ceux qui témoignent, ce n’est pas seulement leur voix que l’on cherche à réduire au silence, mais aussi la vérité que l’on soustrait au regard du monde. 

La situation est d’autant plus alarmante que, selon le rapport de l’UNESCO, les pays arabes affichent le taux d’impunité le plus élevé au monde, qui atteint 98 %. Sur les 496 assassinats de journalistes recensés dans la région depuis 2006, seules huit affaires ont abouti à une résolution judiciaire. Plus préoccupant encore, aucune nouvelle affaire n’a été résolue au cours des deux dernières années. 

L’engagement d’Alkarama 

Alkarama continue de suivre les affaires de journalistes et de professionnels des médias victimes d’assassinats, de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de torture ou de procès inéquitables dans le monde arabe. Elle assure la documentation de ces violations et les porte à l’attention des mécanismes compétents des Nations Unies, notamment le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression et le Groupe de travail sur la détention arbitraire. Les dossiers, plaintes et déclarations disponibles dans les archives du site Internet d’Alkarama témoignent de cet engagement de longue date et constituent une ressource pour toute personne souhaitant mesurer l’ampleur des violations dont sont victimes les journalistes dans la région. 

À l’occasion de cette journée, Alkarama exhorte les autorités concernées à ouvrir des enquêtes indépendantes, efficaces et impartiales sur tous les assassinats et les actes de violence visant des journalistes, à traduire leurs auteurs en justice et à garantir aux victimes et à leurs familles l’accès à la justice et à des réparations. Elle demande également la libération immédiate de tous les journalistes détenus en raison de l’exercice de leur profession. Enfin, elle appelle la communauté internationale à renforcer son soutien aux mécanismes de responsabilisation. Car rendre justice aux journalistes ne relève pas uniquement de la défense d’une profession : c’est garantir à l’ensemble de la société son droit de connaître la vérité.