Alkarama répond aux récents articles accusant la ville de Genève et le DFAE d'avoir financé "une ONG liée à al-Qaïda"

Le 14 octobre 2014, le quotidien suisse, Le Temps, a publié un article intitulé « La Ville de Genève a financé une ONG accusée de liens avec Al-Qaida », signé par Olivier Francey. Cet article a été relayé par d'autres médias suisses, y compris dans le Journal du Matin de la Radio Télévision Suisse (RTS) et sur son site internet, dans la Tribune de Genève, le Tages Anzeiger et le Basler Zeitung.

Choquée par le manque d'éthique de certains médias qui ont relayé l'article de façon incorrecte, en faisant des raccourcis qui poussent à l'amalgame, la Fondation Alkarama a tenu a préciser les point suivants:

{slider=READ MORE...}

1. Alkarama est une fondation de droit suisse, basée à Genève et dont la mission est de défendre les victimes des violations de droits de l'homme les plus graves – les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, la torture et la détention arbitraire – dans le monde arabe. Elle utilise pour cela principalement les mécanismes du droit international des droits de l'homme et collabore activement avec les mécanismes de protection de l'ONU. Son travail est transparent, vérifiable, et sa qualité et son professionnalisme sont reconnus par ses pairs.

2. Qualifier Alkarama d'organisation « islamiste » ne repose sur aucune donnée factuelle et ne peut donc découler que d'une méconnaissance de son travail ou d'une volonté délibérée de la discréditer.

3. La Fondation Alkarama n'a jamais été accusée par le Département du Trésor américain d'avoir financé des groupes terroristes, mais c'est l'ancien président de son Conseil, M. Al Nuaimi, qui a été cité à titre personnel dans les accusations (voir le communiqué du Département du Trésor).

4. M. Al Nuaimi a toujours réfuté, dans leur totalité, les accusations du Département du Trésor américain qui, par ailleurs, demeurent infondées, puisqu'aucun élément de preuve n'a été apporté pour appuyer ces allégations. M. Al Nuaimi a informé les autorités américaines de sa disponibilité à prouver son innocence, y compris devant les juridictions américaines. En outre, le gouvernement de son pays, le Qatar, a officiellement demandé aux autorités américaines de lui fournir les éléments qui mettent en cause M. Al Nuaimi et s'est dit disposé le cas échéant à exercer des poursuites judiciaires contre lui. Le Département du trésor a refusé de fournir de telles informations.

5. Le projet « Renforcer l'État de droit en Égypte », qui avait pour objectif de contribuer à la lutte contre l'impunité et à mettre la législation égyptienne en conformité avec le droit international, a été initié en janvier 2013. Il a été co-financé par la Délégation Genève Ville Solidaire et la Division sécurité humaine du Département fédéral des affaires étrangères. Les détails de ce projet – proposé, alloué, géré et bouclé avec transparence et professionnalisme – sont disponibles auprès d'Alkarama. Le projet a du être annulé d'un commun accord entre Alkarama et les bailleurs de fonds au début du mois d'octobre 2014, en raison du fait qu'Alkarama, au même titre que toutes les ONG étrangères en Egypte, a du fermer son bureau au Caire. Notons enfin que le projet avait été entamé bien avant que le Département du Trésor américain ne rende publiques ses accusations contre M. Al Nuaimi.

6. Alkarama travaille dans une région marquée par des événements graves et soumis à de systématiques violations des droits de l'homme. La situation géopolitique dans cette région est compliquée et, aussi bien les gouvernements arabes que certaines puissances étrangères qui ont des intérêts dans la région, ont des politiques critiquables, voire condamnables au regard du droit international. Il n'est donc pas étonnant que la nature même du travail de notre organisation, qui consiste à documenter des violations de droits de l'homme dans les pays arabes, provoque une animosité chez certains d'entre eux. Cette mise au point ne permet pas d'expliciter les conséquences de cette situation sur notre travail, mais nous recommandons à titre d'exemple de lire les informations révélées par le journaliste Glenn Greenwald dans un article intitulé « Comment des anciens fonctionnaires du Département du Trésor et les Émirats arabes unis manipulent les journalistes américains », publié dans The Intercept le 25 septembre 2014, expose les rivalités dans la région du Golfe et les influences exercées au sein même du Département du trésor américain.

7. Alkarama tient à exprimer sa reconnaissance à tous ses bailleurs de fonds, aussi bien en Suisse que dans d'autres pays européens. Nous regrettons que des lectures parfois simplistes ou tendancieuses essaient de donner l'impression que des institutions comme la Ville de Genève et le Département fédéral des affaires étrangères aient pu faire preuve de négligence lors de l'octroi du financement de notre projet.

8. Notre organisation gêne clairement certains États arabes qui parfois usent de tous les moyens pour la réduire au silence. Nous ne nous considérons cependant en aucun cas comme agissant contre ces États. Bien au contraire, nous recherchons toujours le dialogue avec eux, certes sans compromis quant aux droits des victimes que nous défendons, mais toujours avec l'espoir de voir ces États promouvoir et respecter, en droit et en fait, les droits fondamentaux de leurs citoyens.

9. Si nous comprenons que certains régimes autoritaires présentent notre organisation comme étant « liée à des milieux islamistes » dans le but de la discréditer, en particulier auprès des bailleurs de fonds européens, il est particulièrement regrettable qu'elle doive aussi faire face à des attaques médiatiques incessantes, y compris en Suisse. Le but de ces campagnes est de l'ostraciser et de l'amener à devoir périodiquement consacrer ses efforts pour « prouver qu'elle ne finance pas Al-Qaida ! » et justifier ses relations avec les victimes de ces mêmes régimes autoritaires, notamment lorsqu'il s'agit de ceux présentés comme « islamistes ».

10. Nous restons convaincus que le but recherché par de tels articles est d'insinuer le doute chez nos partenaires et de provoquer la crispation chez nos bailleurs de fonds. Une telle attitude est pour le moins choquante mais elle ne fera cependant que renforcer notre détermination de poursuivre notre mission, en conformité avec nos principes et nos valeurs.

{/slider}

Mardi 2 septembre 2014, le journal libanais As-Safir a publié un article intitulé Le Fondateur du mouvement Cham Al Islam, éminent activiste dans Alkarama, qui accuse ouvertement Alkarama de « soutenir le terrorisme » et de « semer l'anarchie ». Le jour suivant, ces allégations ont été reprises par la chaîne d'informations affiliée au Hezbollah, Al Manar, ainsi que par des sites d'informations gouvernementaux syriens, RTV.gov et Al Tawra, et par un site d'informations géré depuis l'Arabie Saoudite, Al Akhbar Al Youm. Le 3 septembre, c'est au tour de Commentary, un magazine fondé par le Comité Juif-Américain en 1945, d'accuser Alkarama d'être dirigée par un « financier d'Al Qaeda », en référence au fondateur d'Alkarama, M. Abdulrahman Al Naimi.

Étant victime de campagnes de diffamation orchestrées par partie-prenantes ayant des intérêts spécifiques dans la région, Alkarama récuse de la façon la plus énergique ces accusations qui sont totalement fausses et infondées, et tient à préciser les points suivants:

{slider=READ MORE...}

Alkarama, dont le siège est à Genève, est une Fondation de droit suisse qui défend, dans le monde arabe, toutes les victimes de torture, détention arbitraire, disparition forcée ou exécution extrajudiciaire. Conformément à sa charte, Alkarama n'accepte ni ne reçoit aucun financement provenant d'un gouvernement arabe, y compris le Qatar, ou tout autre gouvernement non-arabe impliqué dans des violations des droits de l'homme dans la région.

Les accusations portées par le trésor américain contre l'un des membres fondateurs d'Alkarama, M. Abdulrahman Al Naimi, ont été portées contre sa propre personne, et non la Fondation. Par ailleurs, il est important de souligner que le département du trésor américain n'a présenté aucun élément ni aucune preuve de ses allégations contre M. Al Naimi, qui nie toutes ces accusations en bloc, et qui est disposé, comme il l'a notifié officiellement aux autorités américaines, à se présenter personnellement devant un tribunal pour établir la fausseté des accusations dont il fait l'objet – accusations qui ne semblent pas dénuées d'une volonté politique de lui porter préjudice en raison de son engagement à dénoncer les graves violations des droits de l'homme commises par les États-Unis dans le monde arabe, en particulier dans le cadre de leurs interventions militaires répétées.

M. Nasser Naif Deeb Al Hajiri, cité dans l'article publié par As-Safir, n'est pas membre d'Alkarama. Comme nous l'avons expliqué à l'auteur de l'article d'As-Safir, M. Abdullah Suleiman Ali, il arrive que parmi ceux que la Fondation défend ou a défendu, certains se disent membres de notre organisation ; il nous est difficile de suivre et contrôler ce que chacune de ces personnes revendiquent sur leurs comptes Twitter ou autres médias, ce qui, en tout état de cause, n'engage en rien notre organisation.

Les Statuts de notre Fondation sont d'ailleurs explicites à ce sujet : Alkarama n'a pas d'autres membres que ceux inscrits dans ses Statuts, à savoir les membres du Conseil de Fondation (le conseil d'administration) d'Alkarama, les membres de son comité consultatif, ainsi que ses employés, officiellement reconnus et engagés par l'organisation. Vous pouvez trouver la liste des membres d'Alkarama en cliquant sur le lien suivant : Our People.

Alkarama confirme que la défense d'une personne dont les droits en été violés – telle que M. Al Hajiri, un citoyen koweitien détenu arbitrairement en Arabie Saoudite, victime de mauvais traitements en détention pendant plus de deux ans et demi et libéré sans procès – ne signifie en aucun cas que notre organisation soutient les activités ou les orientations prêtées par le quotidien As-Safir à cette personne. Pour un aperçu de l'action de la Fondation Alkarama sur ce cas, veuillez cliquer sur les liens suivants : articles du 29 juin 2010 et du 23 juillet 2010. Par ailleurs, il est important de souligner qu'Alkarama n'a plus eu de contact avec lui depuis sa libération en juillet 2010.

As-Safir a également mentionné le « point de vue très spécial [d'Alkarama] concernant ce qui se passe en Syrie, qui lui permet de défendre ceux qui y participent, sans prêter attention aux crimes qu'ils sont entrain de commettre », en citant le cas de M. Hassan Ahmed Hassan Al Diqqi, un citoyen Émirati qui militait à l'époque pour revendiquer des réformes sociales dans son pays. Alkarama l'a défendu alors qu'il était détenu aux Émirats Arabes Unis en 2008-2009 – voir les articles suivants : 30 juillet 2008, 23 mars 2009, 18 mai 2009 et 11 juin 2009 – et n'a plus eu de contact avec lui depuis sa libération en mai 2009, c'est-à-dire bien avant le début du conflit en Syrie. Par ailleurs, il est à noter que les Nations Unies elles-mêmes ont considéré la détention d'Al Diqqi comme arbitraire, et ont également enjoint le gouvernement des Émirats Arabes Unis de libérer.

En ce qui concerne le journaliste yéménite, M. Abduleh Heidar Shaye, Alkarama lui a décerné son prix annuel pour les défenseurs des droits de l'homme pour avoir a été le premier à enquêter sur les attaques de drones des États-Unis au Yémen, et à dénoncer les exécutions sommaires dont sont victimes les civils. Son travail sur le sujet lui a valu la reconnaissance de ses pairs et des militants des droits de l'homme. Shaye est « un homme qui a été mis en prison car il a eu l'audace de révéler une attaque d'un missile de croisière qui a tué trois douzaines de femmes et d'enfants, » a déclaré le journaliste d'investigation Jeremy Scahill dans une interview sur l'émission Democracy Now. Harcelé, calomnié et détenu de façon totalement arbitraire, Shaye a été victime de représailles pour son travail de journaliste qui l'a amené à collaborer avec les plus grands médias tels que le Washington Post, le New York Times et ABC News.

Quant à Dr. Mourad Dhina, directeur exécutif d'Alkarama depuis 2007, il a été arrêté et détenu en France en janvier 2012 suite à une demande d'arrestation en vue de son extradition émise par les autorités algériennes ; il a été libéré six mois plus tard par la cour d'appel Paris qui a qualifié ces accusations d'« ubuesques », selon l'expression du procureur général lui-même. Pour plus d'informations sur l'arrestation et la détention de Dr. Mourad Dhina, veuillez cliquer sur le lien suivant : History.

Enfin, notre Fondation s'interroge sur les motivations du quotidien As-Safir qui fait écho aux accusations formulées par le représentant d'Israël à l'ONU le 24 août 2014. Il devient de plus en plus évident qu'Alkarama dérange les états qui violent les droits de l'homme dans la région arabe, et dont certains n'hésitent plus aujourd'hui à instrumentaliser certains médias ou à avancer des contre-vérités pour tenter de discréditer le travail d'Alkarama sur le plan international.

Alkarama rappelle que son action vise avant tout à améliorer la situation des droits de l'homme dans la région. Tout au long de son existence, Alkarama a fait preuve de professionnalisme dans son travail. Une organisation aujourd'hui reconnue par ses pairs et par les experts les Nations Unies, Alkarama réitère qu'elle restera toujours au service des personnes les plus vulnérables et de toutes les victimes de violation des droits de l'homme sans distinction. Notre Fondation continuera à agir avec détermination pour remplir sa mission tout en préservant son indépendance à l'égard de toutes les parties et en dépit de toutes les attaques et pressions d'où qu'elles viennent.

{/slider}

Nos videos