Algérie: des experts de l'ONU condamnent la peine de prison du journaliste Khaled Drareni et expriment leur inquiétude face aux nouvelles lois restrictives des libertés

drareni

Un groupe d'experts internationaux des droits de l'homme de l'ONU a condamné la peine de prison prononcée contre le journaliste et défenseur des droits humains algérien Khaled Drareni, qui est devenu un symbole de la liberté de la presse dans son pays. Dans un communiqué, les experts ont appelé les autorités algériennes à annuler la condamnation et à le libérer immédiatement.
Les experts ont déclaré: "Nous condamnons avec la plus grande fermeté cette peine de deux ans de prison infligée à un journaliste qui ne faisait que son travail, et nous appelons les autorités algériennes à l'annuler et à libérer M. Drareni".
M. Drareni, 40 ans, a été condamné à trois ans de prison en août 2020 pour avoir filmé des policiers attaquant des manifestants à Alger, et accusé d'incitation à un rassemblement illégal et de mise en danger de l'unité nationale.

Une violation flagrante de la liberté d'expression

Malgré l'annonce, après appel. d'une commutation de peine à deux ans de prison, les experts ont affirmé que cette peine "est encore grossièrement inappropriée car les accusations portées contre lui constituent une violation flagrante de la liberté d'expression, de la réunion pacifique et d’association".
La manifestation filmée par M. Drareni faisait partie des manifestations du mouvement populaire, qui ont débuté en février 2019 et se sont poursuivies pendant plus d'un an, même après avoir atteint l'un de ses objectifs, qui était de destituer le président Abdelaziz Bouteflika. Les manifestations sont passées des rues à l'espace virtuel en raison de la pandémie de coronavirus.
Les experts des droits de l'homme ont également critiqué les mesures juridiques et judiciaires visant à restreindre la liberté de la presse en Algérie et ont appelé à la libération de tous les militants politiques et défenseurs des droits de l'homme.
Les experts ont déclaré: "Nous sommes très alarmés par l'ampleur de la répression de la dissidence en Algérie" et que les "organisations de la société civile, les défenseurs des droits de l'Homme et les journalistes sont de plus en plus surveillés et harcelés dans l'exercice de leur travail légitime".

Responsabilité de l'État

Les experts ont déclaré qu'en vertu du droit international, l'État doit protéger quiconque assiste à un rassemblement, qu'il soit journaliste, membre d'une institution nationale des droits de l'homme ou citoyen privé. Ils ont souligné qu'il est inacceptable d'arrêter quiconque - surtout s'il s'agit d'un journaliste - simplement pour avoir publié un clip vidéo montrant l'utilisation de la violence par les forces de sécurité contre les manifestants.
Selon les experts, autorités algériennes utilisent de plus en plus les lois de sécurité nationale pour poursuivre les personnes qui exercent leurs droits à la liberté d'opinion et d'expression, de réunion pacifique et d'association.

Nouvelle loi
Les experts se sont également inquiétés des nouvelles lois restrictives, comme la loi 20-06 promulguée plus tôt cette année, qui criminalise la publication de "fausses nouvelles" et le financement de toute association qui «porte atteinte à l'État ou aux intérêts fondamentaux de l'Algérie». Les experts ont déclaré que cette nouvelle loi "ouvre la voie à davantage d'arrestations et de détentions de dissidents, tels que les manifestants et les partisans du mouvement Hirak".
Pour rappel, Alkarama avait demandé à des experts indépendants des Nations Unies de mener une étude conjointe sur la situation des droits et libertés fondamentaux en Algérie, qui n'a cessé de se dégrader depuis le début du mouvement populaire en février 2019, à la suite des modifications apportées par les autorités algériennes au code pénal en adoptant la loi No. 20-06 du 28 avril 2020.
À leur tour, les experts ont exhorté le gouvernement algérien à cesser d'arrêter et de détenir des militants politiques, des avocats, des journalistes et des défenseurs des droits humains, ainsi que toute personne exprimant une opposition ou une critique du gouvernement.
Les experts de l'ONU ont appelé à la libération et à la protection du journaliste Drareni et de toutes les autres personnes actuellement emprisonnées ou en attente de jugement simplement pour avoir accompli leur travail de journaliste ou de défense des droits de l'homme.

Les experts de l'ONU sont:
Clément Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association; Mme Irene Khan, Rapporteuse spéciale sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression; Mme Mary Lawlor, Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l'homme; les membres du groupe de travail sur la détention arbitraire, Leigh Toomey (Présidente),  Elina Steinerte (Vice-présidente), José Guevara Bermúdez, Seong-Phil Hong, Sètondji Adjovi
Les rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales sont le plus grand corps d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies. Les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales sont des experts des droits de l'homme nommés par le Conseil des droits de l'homme pour traiter soit des situations spécifiques dans des pays donnés, soit des questions thématiques dans le monde entier. Ils ne sont pas des employés des Nations Unies et sont indépendants de tout gouvernement et organisation. Ils fournissent leurs services en fonction de leurs capacités individuelles et ne sont pas rémunérés.

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