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Djibouti : Un intellectuel secrètement déporté vers le Somaliland

Mohamed Daher Robleh, un intellectuel djiboutien arrêté en juillet 2013, détenu au secret et torturé avant d'être déchu de sa nationalité par décret du président de la république, vient d'être déporté illégalement vers le Somaliland.

Détenu au secret et torturé pour ses liens présumés avec des membres de l'opposition

Le 4 juillet 2013, Mohamed Robleh a été arrêté chez lui par des membres du service de documentation et de sécurité (SDS) et emmené vers une destination inconnue.

Une fois arrivés dans leurs locaux, ses ravisseurs l'ont interrogé sur ses convictions politiques ainsi que sur ses relations avec des membres de divers partis d'opposition, notamment le Mouvement pour le Développement et la Liberté (MoDel) ou de l'Union pour le Salut National (USN).

Mohamed Daher Robleh a répondu qu'il n'était pas membre mais sympathisant de ces partis, réponse qui n'a visiblement pas satisfait les agents du SDS qui l'ont torturé sans relâche pendant plusieurs jours avant de le libérer le 13 juillet suivant sans le présenter devant un juge.

Déchu de sa nationalité pour avoir « proféré à l'égard de Djibouti des actes incompatibles aux intérêts de la République »

Convoqué au Commissariat central le 7 septembre dernier, le Directeur général de la police qui l'a reçu lui a alors fait lecture du Décret Présidentiel daté du 2 septembre portant déchéance de sa nationalité pour avoir « proféré à l'égard de Djibouti des actes incompatibles aux intérêts de la République ».

A la suite de cette décision unilatérale et injustifiée du président de la république, il a introduit un recours en annulation du décret devant la juridiction administrative compétente, affaire toujours pendante devant la justice.

Arrêté puis expulsé secrètement vers le Somaliland sur ordre des autorités

Le 12 février dernier, des policiers se sont de nouveau présentés chez Mohamed Daher Robleh vers 14h30 et l'ont arrêté sans présenter aucun mandat de justice. Ils l'ont alors conduit au bureau du colonel de la police, Abdillahi Abdi, puis emmené au commissariat de Hodan, avant de le transférer dans les locaux de la brigade criminelle où il a été détenu pendant plus de 72 heures, durant lesquelles il a été coupé de tout contact avec le monde extérieur.

Le 15 février vers 15h30, les policiers l'ont embarqué de force dans une voiture banalisée et emmené jusqu'à Loyada, à la frontière entre Djibouti et le Somaliland, vers lequel il a été expulsé manu militari.

Des mesures de représailles qui interviennent dans le cadre d'une campagne de répression

Il paraît évident que, tant les tortures subies par Mohamed Robleh, la mesure de déchéance de sa nationalité que son expulsion illégale du pays constituent des mesures de représailles des autorités et sont la conséquence de ses opinions politiques présumées. Les mesures prises contre l'intellectuel djiboutien s'inscrivent dans le cadre d'une politique de répression engagée par les autorités djiboutiennes à l'égard de tout mouvement de contestation, même pacifique.

L'affaire de Mohamed Daher Robleh, ainsi que les arrestations arbitraires, tortures et harcèlement de militants politiques et de défenseurs des droits de l'homme djiboutiens qui ont eu lieu au cours des derniers mois ne font que renforcer nos craintes à propos de cette grave dégradation de la situation des droits de l'homme dans le pays.

Aujourd'hui, Alkarama et la Ligue djiboutienne des droits de l'homme appellent les Rapporteurs spéciaux sur la liberté d'expression, d'association et contre la torture de l'ONU à agir auprès des autorités djiboutiennes afin qu'elles mettent un terme à toute mesure de représailles à l'encontre de Mohamed Daher Robleh et qu'elles l'autorisent à revenir dans son pays et à rejoindre sa famille.

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