Alkarama a appris que les autorités saoudiennes ont libéré le ressortissant yéménite Mohsen Saleh Nasser Al-Awlaki, qui devrait regagner le Yémen après avoir passé cinq ans et quatre mois dans les prisons du Royaume. Il avait été condamné pour avoir été accusé d’adhérer à des « idées déviantes » et de soutenir un groupe religieux lié à « Ansar al-Mahdi ».
Dans son Avis n° 1/2025, adopté le 1er avril 2025, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (WGAD) avait conclu que la détention de M. Al-Awlaki était arbitraire et entachée de multiples violations du droit international. Cet avis faisait suite à une plainte soumise par Alkarama le 23 octobre 2024 concernant l’arrestation de cet ouvrier du bâtiment en mai 2021 en Arabie saoudite.
M. Al-Awlaki avait été arrêté à Riyad le 26 mai 2021, sans mandat d’arrêt ni notification des motifs de son arrestation. Le seul fait qui lui était reproché était d’avoir exprimé ses convictions religieuses sur les réseaux sociaux, notamment son soutien présumé à un groupe religieux lié à « Ansar al-Mahdi ».
Il avait ensuite été détenu au secret pendant trois mois, sans aucun contact avec sa famille ni accès à un avocat. Selon le Groupe de travail des Nations Unies, ce traitement constituait une violation manifeste de son droit à la liberté et des garanties d’une procédure régulière.
Le Groupe de travail a également constaté que les déclarations de M. Al-Awlaki ne comportaient aucun appel à la violence et relevaient de l’exercice pacifique de sa liberté de conscience et d’expression, garanties par les articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Néanmoins, son appartenance présumée à un mouvement religieux minoritaire, contraire à la doctrine officielle en Arabie saoudite, avait suffi à justifier sa condamnation.
En novembre 2022, M. Al-Awlaki avait été condamné par le Tribunal pénal spécialisé à 20 ans d’emprisonnement et à 80 coups de fouet. À la mi-2025, le tribunal a toutefois annulé cette condamnation et ramené la peine à six ans et demi d’emprisonnement, dont un an avec sursis, à compter de la date de son arrestation. La durée déjà passée en détention devait ainsi être déduite de cette peine.
Action d’Alkarama
Mandatée par la famille de M. Al-Awlaki, Alkarama avait saisi le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, dénonçant dans sa plainte le mépris manifeste des normes internationales relatives au droit à un procès équitable et, par conséquent, le caractère arbitraire de sa détention.
Alkarama avait souligné que cette privation arbitraire de liberté ne visait pas uniquement M. Al-Awlaki. Elle avait relevé que Riyad avait mené une vaste campagne de répression contre les militants, les religieux, les journalistes, les blogueurs, les hommes d’affaires et, plus généralement, contre toute personne exprimant pacifiquement ses opinions sur les réseaux sociaux d’une manière contraire à la politique officielle du gouvernement. Cette campagne s’était intensifiée après l’arrivée du prince héritier au pouvoir.
Alkarama avait appelé le Groupe de travail à reconnaître le caractère arbitraire de la privation de liberté de M. Al-Awlaki et à exhorter le Royaume d’Arabie saoudite à le libérer.
Dans son Avis, le Groupe de travail a conclu que la détention de M. Al-Awlaki était fondée sur des considérations idéologiques et politiques, constituant ainsi une forme de discrimination interdite par le droit international. Il a appelé les autorités saoudiennes à le libérer immédiatement, à lui accorder une réparation, à ouvrir une enquête indépendante et à procéder à une réforme en profondeur du système judiciaire du pays.
Le Groupe de travail a également recommandé qu’une enquête complète soit menée sur les circonstances de sa détention arbitraire et que des mesures appropriées soient prises à l’encontre des responsables des violations de ses droits. Il a par ailleurs transmis l’affaire au Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction ainsi qu’au Rapporteur spécial sur la protection des droits de l’homme dans le contexte de la lutte contre le terrorisme.
Dans ce contexte, Alkarama exhorte à nouveau le gouvernement saoudien à accélérer la libération de tous les détenus d’opinion, en particulier ceux faisant l’objet d’avis du Groupe de travail sur la détention arbitraire.
Elle rappelle également sa lettre adressée à la Commission saoudienne des droits de l’homme, l’institution nationale des droits de l’homme du Royaume, dans laquelle elle l’appelait, dans le cadre de son mandat, à promouvoir et à garantir la mise en œuvre effective d’un certain nombre d’avis du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire ainsi que des décisions du Comité des droits des personnes handicapées (CRPD) concernant le Royaume d’Arabie saoudite.