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محمود فتحي وزوجته

Les organisations de défense des droits humains soussignées condamnent avec la plus grande fermeté l'enlèvement et la disparition forcée de l'opposant politique égyptien, l'ingénieur Mahmoud Mohamed FATHI, président du parti Al-Fadila et fondateur du courant Al-Umma, ainsi que de son épouse, Mme Hoda Mohamed Anwar, après leur entrée régulière sur le territoire libyen. Elles expriment leur profonde inquiétude quant à leur vie et à leur intégrité physique, dans un contexte marqué par des informations contradictoires et non vérifiées concernant leur sort. 

Les circonstances de l'enlèvement 

Le couple, de nationalités égyptienne et turque, est arrivé à Tripoli le 11 juillet 2026, en provenance d'Istanbul, où il résidait, en empruntant des points d'entrée officiels et muni de visas en cours de validité. Après une semaine passée en Libye, durant laquelle les époux se sont déplacés publiquement, ils ont été enlevés le 19 juillet 2026. Depuis lors, aucune information fiable n'a été communiquée sur leur sort ni sur leur lieu de détention. 

Des informations contradictoires sur leur sort 

Les informations disponibles concernant le sort du couple demeurent contradictoires et n'ont fait l'objet d'aucune confirmation officielle. Selon des sources proches de la famille, les époux auraient été transférés de force au Caire dans le cadre d'une coordination entre certains services relevant du Gouvernement d'union nationale et les autorités égyptiennes. D'autres informations indiquent, en revanche, qu'ils seraient toujours victimes d'une disparition forcée aux mains d'organes de sécurité opérant à Tripoli. À ce jour, ni les autorités libyennes ni les autorités égyptiennes n'ont publié de déclaration officielle permettant de confirmer ou d'infirmer l'une ou l'autre de ces informations. 

Quelle que soit la version des faits qui se révélera exacte, la situation demeure particulièrement préoccupante : deux personnes sont privées de leur liberté et soustraites à la protection de la loi, tandis que leurs proches sont maintenus dans l'ignorance de leur sort et de leur lieu de détention. Une telle situation est constitutive d'une disparition forcée et engage la responsabilité des autorités concernées. 

Les démarches de la famille face au silence des autorités 

Depuis plusieurs semaines, les proches du couple multiplient les démarches afin d'obtenir des informations officielles sur leur sort. Ils ont notamment contacté à plusieurs reprises les interlocuteurs compétents au sein du Gouvernement d'union nationale libyen, ainsi que les autorités turques compétentes. Ils ont également sollicité l'assistance de plusieurs avocats libyens afin d'obtenir un accompagnement juridique, sans toutefois recevoir de réponse. 

Face à l'absence persistante de toute information et au silence des autorités, la famille a publié deux déclarations publiques, les 24 et 25 août 2026, dans lesquelles elle a tenu le Gouvernement d'union nationale libyen et les autorités égyptiennes pour pleinement responsables de la vie et de la sécurité des deux époux. 

Les risques graves pesant sur leur vie et leur intégrité physique 

En Égypte, l'ingénieur Mahmoud Mohamed FATHI fait l'objet de lourdes condamnations prononcées par contumace, pouvant aller jusqu'à la réclusion à perpétuité et à la peine de mort, dans le cadre d'affaires à caractère politique ayant donné lieu à des procédures qui ne répondent pas aux garanties fondamentales du droit à un procès équitable. 

Les organisations soussignées attirent également l'attention sur le danger particulier auquel est exposée son épouse, Mme Hoda Mohamed Anwar. Cette dernière, qui n'exerce aucune activité politique, souffre de graves problèmes de santé nécessitant une prise en charge médicale continue. Sa privation de liberté, conjuguée à l'absence d'informations sur son lieu de détention et sur les conditions dans lesquelles elle est détenue, fait ainsi peser des risques particulièrement sérieux sur sa vie et son intégrité physique. 

Les obligations juridiques des autorités concernées 

Les organisations soussignées rappellent aux autorités libyennes leurs obligations internationales, notamment l'interdiction de transférer une personne vers un État où il existe des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture ou à d'autres violations graves de ses droits fondamentaux, notamment de son droit à la vie et à la liberté. 

S'il était établi que Mahmoud Mohamed FATHI, opposant politique faisant l'objet de condamnations à caractère politique pouvant aller jusqu'à la peine capitale, a été remis aux autorités égyptiennes avec son épouse, qui n'est impliquée dans aucune activité politique, un tel transfert soulèverait de graves questions au regard du droit international, en particulier de l'article 3 de la Convention contre la torture, qui consacre le principe de non-refoulement. 

À l'inverse, s'il était établi que les deux époux demeurent détenus par des organes de sécurité libyens sans que leur lieu de détention soit révélé ni que leur sort soit officiellement reconnu, cette situation serait constitutive d'une disparition forcée, prohibée par le droit international. 

Dans les deux hypothèses, les autorités libyennes sont tenues de faire toute la lumière sur les circonstances de leur enlèvement et d'assurer immédiatement la protection de leur vie et de leur intégrité physique. Leur responsabilité juridique et morale ne saurait être éludée par le silence entourant cette affaire. 

Les démarches entreprises par Alkarama 

Les organisations soussignées expriment leur solidarité avec les démarches de défense des droits humains entreprises par Alkarama, organisation basée à Genève, en vue d'obtenir des éclaircissements sur le sort de Mahmoud Mohamed FATHI et de son épouse et de garantir leur protection. 

Dès le 22 juillet 2026, Alkarama avait publiquement dénoncé leur enlèvement et alerté les autorités libyennes sur les risques graves qu'un éventuel transfert de l'ingénieur Mahmoud Mohamed FATHI aux autorités égyptiennes ferait peser sur ses droits fondamentaux, compte tenu notamment des condamnations à la peine capitale prononcées à son encontre. L'organisation avait souligné qu'une telle remise, ou toute expulsion forcée, l'exposerait à un risque réel de violations graves de ses droits humains. 

Alkarama avait également appelé le Conseil présidentiel, le Gouvernement d'union nationale et le Service général du renseignement libyen à révéler immédiatement le lieu de détention de l'intéressé, à garantir son droit de communiquer avec sa famille et ses avocats et à ouvrir une enquête indépendante et transparente sur les circonstances de son arrestation et de sa disparition. 

Dans le prolongement de ces démarches, Alkarama a saisi en urgence, le 2 septembre 2026, le Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires au sujet de la disparition du couple. Elle a sollicité son intervention urgente auprès des autorités libyennes afin qu'elles révèlent leur sort et leur lieu de détention, que les circonstances de leur enlèvement fassent l'objet de vérifications, que leur famille soit informée de leur situation et que leur intégrité physique soit garantie, notamment par des mesures de protection contre tout risque de torture ou de mauvais traitements. 

Revendications 

Face à l'absence persistante d'informations officielles et au manque de transparence entourant cette affaire, les organisations de défense des droits humains soussignées appellent : 

Le Gouvernement d'union nationale libyen à : 

  • Mettre fin au silence entourant cette affaire et révéler immédiatement les circonstances de l'enlèvement des deux époux, leur sort et leur lieu de détention ; 

  • Identifier les personnes et les organes responsables de leur enlèvement et veiller à ce qu'une enquête indépendante et effective soit menée ; 

  • Procéder à leur libération immédiate s'ils sont détenus par ses services ou par des organes placés sous son autorité ; 

  • Mettre fin à toute pratique de remise forcée ou d'expulsion d'opposants politiques et de personnes résidant légalement sur le territoire libyen vers des pays où elles risquent de subir de graves violations de leurs droits fondamentaux. 

Les autorités égyptiennes à : 

  • Révéler immédiatement le lieu de détention des deux époux si ceux-ci ont été transférés sous leur contrôle ; 

  • Garantir à Mme Hoda Mohamed Anwar l'accès urgent aux soins médicaux dont son état de santé nécessite la prise en charge ; 

  • Garantir aux deux époux le droit de communiquer librement avec leur famille et leurs avocats. 

La Mission d'appui des Nations Unies en Libye, ainsi que les instances internationales et turques compétentes, à : 

  • Intervenir en urgence afin d'assurer un suivi effectif de cette affaire et d'exercer les pressions nécessaires sur toutes les parties concernées pour garantir la sécurité des deux époux et les protéger contre tout risque de torture, de mauvais traitements ou de représailles politiques. 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme à : 

  • Entreprendre les démarches nécessaires pour faire la lumière sur le sort des deux époux et prévenir tout transfert forcé de ceux-ci vers l'Égypte, en l'absence de garanties effectives contre les risques de violations graves de leurs droits fondamentaux. 

Organisations signataires:

  1. Justice for Human Rights (JHR), Istanbul 

  2. Alkarama, Genève 

  3. Free Voice, France 

  4. Centre El-Shehab pour les droits de l'homme, Londres 

  5. Solidarity for Human Rights, Genève 

  6. Association des victimes de la torture, Genève 

  7. EFDI International for Human Rights, Belgique 

  8. Tawasul for Human Rights, La Haye 

  9. CEDAR for Legal Studies, Liban 

  10. Conseil des droits des Égyptiens, Genève