Arabie Saoudite : Un éminent défenseur des droits de l'homme détenu illégalement et torturé à la prison d'Al Hayer

Waleed Abu al Khair

Le 15 avril 2014, l'éminent défenseur des droits de l'homme saoudien de 34 ans, Waleed Abu Al Khair, a comparu devant la Cour spéciale de Riyad pour la 5e audience consécutive de son procès. Il a téléphoné une dernière fois à sa femme à 08 heures du matin pour l'informer qu'il se trouvait au tribunal et qu'il devait éteindre son téléphone portable.Ce n'est que plus tard que celle-ci devait apprendre que son mari avait été arrêté et emmené à la prison d'Al Hayer où il a subi des tortures et où il est actuellement emprisonné.

Après les fondateurs de l'ACPRA, Al Qahtani, Al Hamed et d'autres défenseurs des droits de l'homme, Waleed Abu Al Khair est la dernière victime en date de la répression engagée contre des militants pacifistes ciblés pour avoir exprimé leurs opinions ou appelé au respect des droits fondamentaux de leurs concitoyens. Aujourd'hui, Alkarama a sollicité l'intervention urgente de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme pour appeler les autorités saoudiennes à le libérer et à mettre un terme à toute action de représailles contre lui.

Waleed Abu Al Khair, avocat et président de Monitor of Human Rights in Saudi Arabia (Observatoire des droits de l'homme en Arabie Saoudite), ONG fondée en 2008, avait signé ces deux dernières années des pétitions appelant, la première, à des réformes politiques et la seconde, à la libération des milliers de prisonniers politiques détenus arbitrairement dans le pays.

Depuis plus d'une dizaine d'années, son engagement en faveur des droits de l'homme lui a valu d'être pris pour cible par les autorités saoudiennes. Ainsi, depuis mars 2012, il est interdit de voyager à l'étranger et il a fait l'objet de diverses poursuites pénales au prétexte « d'avoir été en contact avec des organisations et médias étrangers et diffuser une image négative du pays » et « d'avoir signé une pétition réclamant la libération de détenus ». Il avait été condamné une première fois par la Cour de Jeddah en octobre 2013 à trois mois de prison.

Malgré la pression croissante et le harcèlement des autorités, M. Abu al Khair a continué à organiser des réunions ouvertes (diwaniya) chez lui tous les mercredis, invitant des réformistes saoudiens et des citoyens ordinaires à venir discuter de questions politiques et sociales et à visionner des vidéos.

En septembre 2013, M. Abu al Khair a été convoqué par la Cour pénale spéciale de Riyad, dans le cadre d'une nouvelle procédure engagée contre lui pour être interrogé sur une série de nouvelles accusations de « désobéissance au roi », « création d'association non autorisée » et de « trouble à l'ordre public ». Cette juridiction d'exception, instituée en 2008 pour juger les affaires de terrorisme, relève du ministère de l'intérieur ; elle est de plus en plus utilisée aujourd'hui pour réprimer des dissidents pacifiques et des défenseurs des droits de l'homme en raison de leurs opinions politiques ou de leurs activités pacifiques.

Le 15 avril 2014, M. Abu al Khair s'est de nouveau rendu à Riyad pour la cinquième audience de son procès devant cette Cour spéciale. À 8 heures, il a appelé sa femme pour l'informer qu'il devait éteindre son téléphone. C'est le dernier appel qu'il a passé.

Le lendemain matin, n'ayant toujours pas de nouvelles, son épouse s'est rendue à la Cour de Riyad pour se renseigner sur son sort. Elle a alors été informée qu'il avait été arrêté et qu'il était détenu à la prison d'Al Hayer où elle s'est immédiatement rendue pour demander à le voir. Sa demande de visite a cependant été rejetée par l'administration de la prison au prétexte qu'il existait des « procédures spéciales pour les détenus politiques du fait qu'ils étaient pris en charge par le ministère de l'Intérieur ». En dépit de ses démarches, il lui a été confirmé au ministère de l'Intérieur qu'elle ne pouvait, ni elle, ni son avocat, lui rendre visite.

Le 22 avril 2014, l'avocat de M. Abu al Khair qui s'était rendu à la cour spéciale pour déposer une demande de libération de son client devait découvrir que celui-ci comparaissait ce même jour, pour la sixième fois, sans son assistance et sans avoir été informé en violation des normes les plus élémentaires du droit à un procès équitable.

A cette occasion, L'avocat a appris que son client subissait des tortures en détention et qu'il était notamment privé de sommeil et continuellement exposé à une lumière vive directement orientée sur son visage au cours de ses interrogatoires. Les questions posées par les agents des renseignements, directement liées à ses activités de défenseur des droits de l'homme, confirment que M. Abu al Khair est en fait victime de représailles en raison de son engagement.

M. Abu al Khair est en effet, et de toute évidence, détenu pour avoir exercé ses droits et libertés universellement reconnus, à savoir son droit à la liberté d'expression et d'association, ainsi qu'en raison de ses activités en tant qu'avocat et défenseur des droits de l'homme. Aujourd'hui, Alkarama appelle de nouveau à une intervention urgente de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme pour sa libération immédiate et pour mettre un terme aux représailles des autorités saoudiennes contre lui en raison de ses actions pacifiques.

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