Par sa résolution n° A/RES/78/286 adoptée le 7 juin 2024, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 10 juin «Journée internationale du dialogue entre les civilisations» afin de «sensibiliser à la valeur de la diversité des civilisations et d’encourager le dialogue, le respect mutuel, la tolérance et la solidarité mondiale ». Cette journée vise à substituer au récit du « choc des civilisations » celui d’une « alliance des civilisations » fondée sur le dialogue constructif entre les peuples.
Dans un contexte marqué par l’aggravation des tensions mondiales, les incompréhensions culturelles, la montée des nationalismes, l’extrémisme idéologique et les conflits géopolitiques, la célébration de cette journée revêt une importance particulière. Toutefois, la position adoptée par la majorité des gouvernements face à la situation à Gaza ainsi que le silence observé devant les opérations militaires israéliennes et les souffrances infligées au peuple palestinien illustrent le profond écart existant entre les aspirations portées par les Nations Unies et les réalités vécues sur le terrain.
À la lumière de ces constats, il convient de rappeler que la Journée internationale du dialogue entre les civilisations ne doit pas se limiter à une commémoration symbolique mais constituer un appel à l’action afin de concrétiser les objectifs qui la fondent. Les gouvernements doivent soutenir des politiques et des initiatives favorisant la compréhension interculturelle et œuvrant à l’établissement de relations internationales fondées non pas sur la logique de la puissance mais sur les principes de justice, d’égalité entre les peuples, de respect et de garantie de la dignité humaine et des droits fondamentaux pour tous.
Dans cette perspective, Alkarama considère que le véritable dialogue entre les civilisations ne peut reposer sur des bases solides que s’il est accompagné d’un engagement sincère et effectif en faveur du respect de la dignité humaine et de la protection des droits fondamentaux, indépendamment de l’identité culturelle, de l’appartenance religieuse ou de la situation géographique de chacun. La dignité humaine n’est pas un principe divisible, ni un droit réservé à certains peuples au détriment d’autres ; elle constitue le fondement des valeurs humaines communes qui rapprochent les sociétés et favorisent leur coexistence.
Alkarama et la promotion de la justice et du dialogue
Depuis sa création en 2004, Alkarama œuvre à être un véritable pont entre les victimes de violations des droits humains dans le monde arabe et les mécanismes internationaux de protection des droits humains. Son action repose sur le principe de l’égalité pleine et entière entre toutes les victimes sans distinction fondée sur l’origine, la religion, le genre ou la nationalité.
Cet engagement a conduit Alkarama à soumettre des milliers de communications et de plaintes auprès des organes conventionnels des Nations Unies, des procédures spéciales et du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, convaincue que le droit international des droits humains perd son sens lorsque ses principes sont appliqués de manière sélective pour répondre à des considérations politiques ou à des intérêts particuliers au détriment de la justice.
Dans cette même logique, Alkarama estime que la responsabilité du dialogue entre les civilisations ne repose pas uniquement sur les peuples, mais incombe avant tout aux États et aux gouvernements, qui ont, en vertu du droit international des obligations claires consacrées notamment par l’article 1er de la Charte des Nations Unies et le Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme visant à préserver la dignité humaine partout dans le monde et à œuvrer à la suppression des causes de tensions, de haine et de sentiment de supériorité entre les civilisations.
La diversité culturelle ne saurait signifier une tolérance envers l’impunité et aucun dialogue ne peut porter ses fruits lorsqu’il se déroule dans un contexte de violations continues du droit des peuples à la vie et à l’autodétermination.
Il est également essentiel de rappeler les risques liés à une approche qui viderait le concept de dialogue entre les civilisations de sa dimension fondée sur les droits humains pour le transformer en un discours sélectif servant à légitimer la réalité existante au lieu de contribuer à sa transformation. Le dialogue promu par les Nations Unies ne peut être véritable que lorsqu’il repose sur le principe d’égalité entre les parties et lorsque chaque individu bénéficie du droit de s’exprimer, de contester, de défendre une cause et de demander justice sans craindre la répression ou la persécution — des droits expressément consacrés par le droit international des droits humains.
Dans ce contexte, Alkarama réaffirme la responsabilité des États notamment dans le monde arabe, de mettre fin à la restriction de l’espace civique et aux poursuites visant les défenseurs des droits humains, les journalistes et les militants qui réclament la reddition des comptes et la fin des violations.
Le dialogue entre les civilisations ne peut prospérer dans un environnement où les voix appelant à la justice sont réduites au silence et où celles et ceux qui témoignent des violations ou dénoncent des crimes devant les mécanismes des Nations Unies font l’objet de pressions, de représailles ou de persécutions.