EAU : PRIVÉ DE VOIR SON PÈRE PENDANT DES ANNÉES, LE FILS DU DÉTENU POLITIQUE ABD AL-SALAM DARWICH EST DÉCÉDÉ

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La famille du militant émirati Abd al-Salam Darwish al-Marzouqi est en deuil après la mort de son fils Salman, dont la santé s’était gravement détériorée en l’absence de son père condamné à dix ans de prison, dont neuf passés à la prison d’Al Razeen. Celui-ci est détenu à la suite de sa condamnation dans le cadre de l’affaire dite des « EAU 94 » en représailles pour avoir exercé ses droits à la liberté d’expression et d’opinion. Alkarama avait documenté ce procès politique aux mécanismes de protection des droits de l’homme des Nations Unies qui avaient dénoncé son caractère arbitraire.

Représailles constantes contre Abd al-Salam Darwish et sa famille

Dans le cas d’Abd al-Salam Darwish al-Marzouqi, les autorités émiraties ne se sont pas contentées de la privation arbitraire de liberté du père, arrêté il y a neuf ans de cela, puis soumis à la disparition forcée, à la torture et forcé de signer des aveux sans même pouvoir les lire, le privant ainsi de son droit à un procès équitable. En effet, les autorités ont collectivement puni sa famille en révoquant la citoyenneté de ses enfants, les privant d’accès aux services essentiels tels que les soins médicaux dont les enfants du militant avaient particulièrement besoin. Ainsi, Salman qui souffrait de paralysie cérébrale dès son plus jeune âge est finalement décédé faute de soins, dans l’attente vaine de revoir son père après des années de privation de tout contact avec lui.

Selon les défenseurs émiratis des droits humains, Mme Awatef, l’épouse du prisonnier d’opinion Abd al-Salam Darwich, avait appelé à multiples reprises ses autorités à mettre fin à leurs mauvais traitements et harcèlements à l’encontre de sa famille, leur causant des années de souffrance. Elle a également exprimé sa tristesse face aux mauvais traitements qu’elle et ses enfants ont subis depuis l’arrestation de son mari en juillet 2012. Ces nombreuses violations contre la famille Darwish incluent la privation de tout revenu de leur père, ancien employé du gouvernement, le refus d’accorder à ses enfants les bourses d’études auxquelles ils auraient dû avoir droit, les obstructions à toutes les procédures légales que la famille intentait pour obtenir ses droits, ainsi que les menaces régulières d’emprisonnement pour « crimes électroniques » s’ils dénonçaient toutes ces violations sur les réseaux sociaux.

Les actions entreprises par Alkarama

Depuis plus d’une décennie, Alkarama a documenté la situation des prisonniers d’opinion, des opposants réformistes aux défenseurs des droits humains, détenus illégalement aux Émirats arabes unis. Les appels urgents et plaintes aux mécanismes des Nations Unies sur les cas individuels ont notamment donné lieu en mars 2014, à une résolution du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (GTDA) confirmant l’illégalité de l’emprisonnement des réformistes émiratis du groupe des « EAU 94 », urgeant le gouvernement émirati de les libérer.

Alkarama avait alors signalé ces violations aux mécanismes des droits humains des Nations Unies depuis le début de la répression des Émirats arabes unis contre les défenseurs des droits humains et les militants politiques, jusqu’aux verdicts contre les réformateurs des « EAU 94 » en juillet 2013, et encore aujourd’hui. Le 19 août 2013, Alkarama a demandé au GTDA de rendre une décision concernant 61 détenus dans le cas des 94 réformateurs, qui ont été condamnés à des peines de prison allant de 7 à 10 ans.

Cette demande avait abouti à l’« Avis n° 60/2013 », le GTDA a conclu que la privation de liberté à l’encontre de 61 personnes, dont Abd al-Salam Darwich, dans l’affaire des « EAU 94 » était arbitraire, estimant que « le Gouvernement a l’obligation de libérer les détenus et que ceux-ci n’auraient pas dû être condamnés pour les faits qui leur étaient reprochés, ou pour des actes accomplis dans l’exercice de leur droit à la liberté d’opinion et d’expression ». Il s’agissait alors de la troisième résolution adoptée par le GTDA depuis 2009 concernant des allégations de violations à la liberté d’expression, à l’équité des procès et l’interdiction de l’arrestation arbitraire aux Émirats arabes unis, que le groupe d’experts indépendants qualifie de violations récurrentes.

Dans le cadre de cette procédure onusienne, le GTDA avait demandé le 9 septembre 2013 des éclaircissements aux Émirats arabes unis concernant ces allégations, mais le gouvernement avait refusé de donner suite aux demandes de l’ONU dans les 60 jours de délai spécifié. Partant, le groupe de travail avait par la suite rendu sa décision concernant l’arrestation de 61 personnes dans le cas précité.

Dans sa décision, le groupe d’expert de l’ONU réaffirma que la critique pacifique de son pays et de ses dirigeants ne peut être considérée comme une tentative de renverser le gouvernement. Le Groupe de travail a également conclu dans sa décision que l’arrestation et la poursuite des 61 personnes dans l’affaire « EAU 94 » avaient « résulté de l’exercice par celles-ci de leurs droits à la liberté d’opinion et d’expression et à la liberté de réunion et d’association pacifiques garantis par les articles 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ». Les experts ont ajouté que « les restrictions dont ces droits ont fait l’objet en l’espèce ne peuvent être considérées comme proportionnées et justifiées ».

Le GTDA avait également noté que le gouvernement n’avait pas saisi l’occasion de fournir une réponse aux allégations graves de torture, que les accusations contre les accusés étaient particulièrement « larges et vagues » et que les jugements n’étaient même pas susceptibles d’appel. Le GTDA avait ainsi conclu que les autorités des Émirats arabes unis avaient violé le « droit à un procès équitable garanti à l’article 10 de la Déclaration universelle des droits de l’homme », en plus des violations des droits à la liberté d’opinion et d’expression.

Enfin, et dans ce même contexte, Alkarama et d’autres organisations avaient adressé une lettre ouverte aux autorités du Royaume-Uni et des États-Unis d’Amérique, en tant qu’alliés des Émirats arabes unis, et revendiquant leur intérêt pour la situation des droits de l’homme dans les pays arabes, les exhortant à intervenir auprès des autorités des Émirats arabes unis concernant la répression sans précédent contre les militants émiratis. La lettre demeura toutefois sans réponse.

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