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عمرو عبدالفتاح بيان مشترك

Les organisations de défense des droits humains soussignées lancent un appel urgent à la communauté internationale et à la conscience universelle afin qu’elles prennent des mesures immédiates pour sauver la vie du ressortissant français M. Amr Abdel Fattah, qui court un grave risque de mort, de torture et de disparition forcée alors qu’il est détenu dans des établissements pénitentiaires saoudiens.

L’affaire Abdel Fattah constitue un précédent profondément préoccupant. D’une victime de réseaux organisés de fraude aux visas du pèlerinage, il a été transformé en prisonnier d’opinion poursuivi pour des accusations liées au terrorisme dans le cadre de procédures tenues à huis clos.

Le calvaire d’Amr Abdel Fattah, père de trois enfants, a débuté le 16 juin 2024 à La Mecque, lorsque les autorités de sécurité saoudiennes ont constaté l’invalidité de son permis de pèlerinage, après qu’il eut été victime d’un réseau organisé de fraude aux visas. Il était entré dans le Royaume avec l’intention apparemment légale d’accomplir le pèlerinage du Hajj.

Au lieu d’être expulsé conformément aux procédures légales en vigueur, il a été arbitrairement détenu pendant plus de onze mois avant d’être présenté à une juridiction. Il en est aujourd’hui à son dix-neuvième mois de détention, période durant laquelle il aurait été soumis à de graves actes de torture, notamment des passages à tabac violents, des menaces de mort, des coups de pied et des projections brutales contre un mur, ayant entraîné son transfert à l’hôpital dans un état critique et d’urgence.

Les organisations confirment en outre que les autorités saoudiennes ont renvoyé Abdel Fattah devant la « Cour pénale spécialisée », compétente en matière de terrorisme, sur la base d’accusations larges et imprécises liées à l’exercice de la liberté d’expression, telles que « l’insulte au gouvernement » et « l’apologie de figures de l’opposition ». Depuis le 5 août 2025, toute communication entre la victime et sa famille a été totalement interrompue, le plaçant de facto dans une situation de disparition forcée.

Dans ce contexte, l’organisation Alkarama a saisi, le 12 janvier 2026, le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires du cas de M. Amr Abdel Fattah, dans le cadre de la procédure d’appel urgent, afin d’obtenir toute la lumière sur son sort et, à tout le moins, de garantir qu’il bénéficie de la protection de la loi.

Cet appel repose sur des témoignages crédibles et concordants, notamment les rapports du consul de France, qui a rendu visite à Abdel Fattah à plusieurs reprises et a constaté des blessures récentes et visibles à ses poignets causées par un usage excessif des menottes, ainsi que le témoignage de son épouse confirmant qu’il a été placé en isolement total dans une cellule disciplinaire.

Lors de sa dernière comparution, à huis clos, le 25 novembre 2025, Abdel Fattah serait apparu dans un état de détresse psychologique extrême et d’effondrement nerveux, tout en étant délibérément privé de soins médicaux essentiels. Cette situation suscite de sérieuses inquiétudes quant à des conséquences potentiellement mortelles résultant d’un enchaînement prolongé et de violences physiques.

Nous rappelons que l’Arabie saoudite est État partie à la Convention contre la torture, et que les pratiques infligées à Abdel Fattah — notamment les agressions physiques, l’isolement prolongé, le refus des visites familiales et l’interdiction faite aux proches et aux observateurs d’assister aux audiences — constituent de graves violations du droit international et de la Charte arabe des droits de l’homme.

Le maintien en détention d’Amr Abdel Fattah dans de telles conditions n’est pas seulement illégal ; il constitue une violation flagrante de la dignité humaine que les organisations de défense des droits humains ne sauraient tolérer ni ignorer.
En conséquence, les organisations soussignées demandent :

Premièrement : aux autorités saoudiennes

  • La libération immédiate et inconditionnelle de M. Amr Abdel Fattah, la garantie de son intégrité physique et psychologique, ainsi que l’abandon de toutes les accusations de représailles liées à l’exercice de la liberté d’expression;

  • La divulgation immédiate de son lieu de détention et l’octroi d’un accès sans restriction à sa famille afin qu’elle puisse communiquer avec lui et lui rendre visite;

  • La fourniture immédiate de soins médicaux nécessaires et urgents, au vu de la détérioration documentée de son état de santé physique et mentale;

  • La pleine transparence des procédures judiciaires, y compris l’accès des observateurs internationaux et des membres de sa famille, ainsi que la garantie d’une défense juridique effective;

  • L’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale sur les allégations de torture et de menaces de mort, la poursuite des responsables et l’engagement de la responsabilité pleine et entière des autorités saoudiennes quant à sa sécurité.

Deuxièmement : au gouvernement français

  • De dépasser le cadre de la « diplomatie discrète » et de la protection consulaire de routine, et d’adopter des mesures fermes et concrètes afin de protéger son citoyen d’un risque imminent de mort lente;

  • De garantir la présence d’observateurs indépendants lors des prochaines audiences et de mettre fin à la politique du silence diplomatique.

Troisièmement : aux Nations unies

  • D’activer les mécanismes d’urgence par l’intermédiaire des rapporteurs spéciaux compétents afin d’enquêter sur les allégations de torture et de disparition forcée et de placer la victime sous une protection juridique internationale effective;

  • Le silence face à ce que subit Amr Abdel Fattah équivaut à une approbation tacite de la répression systématique;

  • La mobilisation et la pression de l’ensemble des acteurs engagés dans la défense des droits humains doivent se poursuivre sans relâche jusqu’à ce qu’Amr soit réuni avec ses enfants et que justice soit rendue.

Organisations signataires :

EFDI International Organization – Belgique
Justice for Human Rights (JHR)
El-Shehab Center for Human Rights – Londres
Alkarama – Genève
Association des victimes de la torture – Genève
Solidarity for Human Rights – Genève
Free Voice Organization for the Defense of Human Rights – Paris
SAM for Rights and Liberties
Human Rights Monitor – Londres
Tawasul for Human Rights – Pays-Bas
Cedar for Legal Studies – Liban
Egyptian Rights Council – Genève