Alkarama et l’Observatoire des libertés médiatiques ("Marsadak") expriment leur profonde inquiétude face à la détention prolongée du journaliste yéménite Nasser Shaker à la prison de Bir Ahmed, dans la province d’Aden, au sud du Yémen. Cette détention se poursuit malgré une décision judiciaire ayant validé la durée de sa détention déjà purgée et un ordre explicite du Parquet de le libérer. Cette situation constitue une détention arbitraire, en violation de la Constitution yéménite, des lois nationales et des normes internationales relatives aux droits humains.
Le 2 février 2026, Alkarama et l’Observatoire des libertés médiatiques avaient saisi le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA), considérant que la détention de Nasser Shaker s’inscrit dans un schéma de ciblage des journalistes et de restriction de la liberté d’expression, en violation manifeste du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Contexte de l’arrestation et disparition forcée
Nasser Shaker, âgé de 35 ans, est un journaliste yéménite qui a été enlevé de manière forcée par les autorités du Conseil de transition sudiste soutenu par les Émirats arabes unis, aujourd’hui dissous, le 21 novembre 2023. Il se rendait alors à Beyrouth pour participer à une formation organisée par la Fondation Samir Kassir.
Malgré l’annonce de la dissolution du Conseil lors d’une conférence à Riyad, en Arabie Saoudite, ses forces continuent de contrôler certaines provinces, y compris Aden, la capitale provisoire.
Depuis son arrestation, les autorités refusent de communiquer à sa famille, à son avocat ou aux organisations de défense des droits humains, le lieu de sa détention, en violation grave de l’interdiction de la disparition forcée et des garanties d’un procès équitable.
Conditions de détention et état de santé
La famille de Nasser Shaker rapporte une détérioration inquiétante de son état de santé, conséquence des conditions de détention sévères et de l’absence de soins médicaux adaptés, mettant sa vie en danger et portant atteinte à sa santé, sa sécurité et sa dignité.
Le 20 janvier 2026, le tribunal pénal spécialisé d’Aden a déclaré Nasser Shaker coupable des faits qui lui étaient reprochés. Toutefois, le tribunal a pris en compte la détention provisoire déjà effectuée comme entière exécution de la peine, et n’a prononcé aucune peine complémentaire, et ce malgré l’absence de preuves établissant sa participation à une “bande armée”.
Malgré cette décision et l’ordre de libération du Parquet, Nasser Shaker reste détenu, ce qui constitue une violation flagrante de la justice et du principe de l’État de droit.
Requêtes et recommandations
Alkarama et l’Observatoire des libertés médiatiques demandent :
La libération immédiate et sans condition de Nasser Shaker, conformément aux décisions judiciaires et à la décision du Parquet ;
La fourniture de soins médicaux urgents et complets, avec un transfert vers un établissement médical approprié si nécessaire ;
L’ouverture d’une enquête indépendante et transparente sur sa disparition forcée, les conditions de sa détention et de son procès, ainsi que la responsabilité des auteurs de ces violations ;
La fin de la persécution des journalistes au Yémen, le respect de la liberté d’expression et du travail journalistique, et l’arrêt de l’utilisation d’accusations à caractère sécuritaire pour restreindre ces libertés.
La détention continue de Nasser Shaker, malgré les décisions de justice ordonnant sa libération, constitue une violation grave des obligations internationales du Yémen, affaiblit la confiance dans le système judiciaire et crée un précédent dangereux pour la sécurité des journalistes et la liberté des médias.