Tunisie : Majdi* arrêté à l'aéroport de Carthage et torturé par la police à Gorjani

Le 2 juillet 2015, Alkarama a soumis un appel urgent au Rapporteur spécial sur la torture (RST), Juan Méndez concernant le cas de Majdi*, arrêté le 9 juin à l'aéroport de Tunis, torturé pendant plusieurs jours et actuellement incarcéré à la prison de Mornaguia.

Le 9 juin 2015, alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Londres depuis l'aéroport de Tunis, Majdi, un jeune homme de 35 ans, a été interpellé par la police des frontières qui l'a immédiatement conduit vers un local où il a été interrogé pendant près de 10 heures. Vers 3h du matin il a été transféré à El Gorjani – un centre de détention à Tunis où Alkarama a documenté de nombreux cas de tortures depuis 2014, et où M. Méndez s'est vu refuser l'accès lors de sa visite en juin 2014 – afin d'y être interrogé par les agents de l'unité de lutte contre le terrorisme.

Accusé d'avoir entretenu des liens avec des terroristes, il a été torturé pendant cinq jours sans être autorisé à voir sa famille ou son avocat avant d'être contraint à signer des procès-verbaux sans avoir pu en prendre connaissance. Le 14 juin, la victime a été conduite devant le juge d'instruction dans un état tellement déplorable que le magistrat a décidé de reporter son audition.

Le 17 juin 2015, il a à nouveau été présenté devant le même juge qui refusé d'ordonner une expertise médicale en dépit du fait qu'il avait lui-même constaté les séquelles de tortures, enfreignant ainsi son obligation découlant de la Convention contre la torture (CAT) – ratifiée par la Tunisie en juin 1993 – de procéder « immédiatement à une enquête impartiale chaque fois qu'il y a des motifs raisonnables de croire qu'un acte de torture a été commis sur tout territoire sous sa juridiction ». Ce n'est qu'à la demande insistante de l'avocat de la victime que le magistrat a finalement prescrit un examen médical, qui n'a toujours pas été effectué à ce jour.

Majdi est aujourd'hui détenu à la prison de Mornaguia dans des conditions déplorables. Cette prison où s'entassent plus de 120 détenus dans des cellules prévues pour 40 personnes obligent ceux-ci à dormir à tour de rôle ou à même le sol dans des conditions d'hygiène et de promiscuité qui confinent à la torture morale.

En dépit de maladies chroniques, Majdi n'a pas accès à un traitement médical adéquat, la direction de la prison refusant même que sa famille lui apporte son traitement habituel. Ceci contribue à aggraver encore son état général comme ont pu le constater ses proches lors de leur visite au cours de laquelle il leur a rapporté toutes les souffrances qu'il avait et qu'il continue d'endurer en prison où il a été violemment battu par les gardiens après avoir été humilié et totalement déshabillé.

Alkarama est aujourd'hui très préoccupée par ces violations persistantes et rappelle aux autorités tunisiennes leurs obligations découlant de la ratification du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Convention contre la torture (CAT) de prendre toutes les mesures nécessaires afin de veiller à ce que la torture ne soit pas pratiquée sur son territoire. Ainsi, non seulement les tortionnaires eux-mêmes sont responsables de telles violations mais également les autorités de surveillance ainsi que les magistrats qui ne mettent pas en œuvre l'obligation d'enquêter sur les allégations de torture et poursuivre les responsables.

*nom d'emprunt

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