M. Amr Abdelfattah, ingénieur français et père de trois enfants, a été interpellé le 16 juin 2024 sur l’esplanade de la Grande Mosquée de La Mecque à l’issue d’un contrôle relatif à son autorisation de pèlerinage. À la suite d’un échange tendu avec l’agent de police chargé du contrôle, dont le comportement s’est révélé particulièrement agressif à son égard, il a été conduit au poste de police du Haram, où il lui a été notifié que son permis de pèlerinage était considéré comme invalide.
ll est apparu ultérieurement que M. Amr Abdelfattah avait été victime d’une fraude liée à l’obtention de son visa, sans qu’aucune responsabilité ne puisse lui être imputée, d’autant plus que les autorités saoudiennes avaient elles-mêmes reconnu l’existence de telles pratiques frauduleuses dans de nombreux cas similaires.
Néanmoins, la victime a été placée en détention à la prison de Dahban, à Djeddah, et poursuivie pour des faits consistant en un prétendu manque de respect à l’égard de l’agent de police ayant procédé à son interpellation, ainsi que pour des propos critiques à l’encontre des autorités du pays.
Pour ces seuls motifs, il a été maintenu en détention au secret jusqu’au mois de septembre 2024, toutes les démarches entreprises par son épouse afin de le localiser étant demeurées vaines pendant plus de trois mois. Ce n’est qu’au cours du mois de septembre qu’il a finalement pu entrer en contact avec sa famille, afin de l’informer de sa situation.
Son épouse a alors pu constituer un avocat à Djeddah, lequel n’a toutefois été autorisé à lui rendre visite qu’à deux reprises. Ce dernier a informé l’épouse que M. Amr Abdelfattah faisait l’objet de poursuites devant la Cour pénale spécialisée, juridiction compétente pour les affaires qualifiées de terrorisme, alors même qu’aucun acte violent ne lui était imputé.
Selon ce même avocat, M. Amr Abdelfattah a comparu à plusieurs audiences sans pouvoir bénéficier de l’assistance de son avocat, en dépit de ses demandes expresses. Ni son avocat, ni les représentants consulaires français, pourtant saisis par l’épouse, n’avaient par ailleurs été autorisés à assister aux audiences.
Lors d’un entretien téléphonique avec son épouse au mois de décembre 2024, M. Amr Abdelfattah lui a indiqué avoir été soumis à de graves actes de torture ainsi qu’à des traitements particulièrement humiliants, y compris de la part du magistrat instructeur, lequel l’aurait contraint à s’agenouiller dans son bureau afin de répondre à ses questions. Cette conversation, placée sous la surveillance d’un gardien, a été immédiatement interrompue.
Lors d’un autre entretien téléphonique intervenu au cours du mois de juin 2025, il a exposé à son épouse l’ensemble des violences physiques et psychologiques qu’il aurait subies. Il a notamment indiqué avoir été violemment passé à tabac, puis placé au cachot, en isolement total, durant plusieurs semaines. Les agents pénitentiaires sont alors intervenus afin d’interrompre, une nouvelle fois, la communication. Ce n’est que plus tard que son épouse a pu apprendre qu’il avait été gravement blessé à la suite du passage à tabac et qu’il avait donc dû être évacué en urgence vers un hôpital.
Depuis le 5 août 2025, toute communication avec sa famille a été interrompue, de sorte que son épouse n’a pu obtenir des informations sur sa situation qu’indirectement, par l’intermédiaire du consul de France, qui lui a rendu visite le 21 octobre 2025, puis de son avocat, lequel a pu le rencontrer le lendemain.
Lors de cette visite, le consul de France a pu constater la présence de traces manifestes de mauvais traitements sur le corps de M. Amr Abdelfattah, notamment des blessures encore récentes aux poignets, compatibles avec l’usage prolongé de menottes. Les dernières informations relatives à la situation de la victime remontent au 22 octobre 2025. Depuis lors, aucune information n’a été communiquée quant à son sort ou à son lieu de détention actuel, les autorités saoudiennes demeurant silencieuses face aux démarches répétées de son conseil et de sa famille.
Au regard de l’ensemble des éléments de cette affaire, la situation actuelle de M. Amr Abdelfattah répond sans ambiguïté aux critères d’une disparition forcée au sens du droit international. Tant que les autorités saoudiennes persisteront à taire son sort et son lieu de détention, cette violation continuera de produire ses effets.
Face au silence persistant des autorités, Alkarama appelle les autorités saoudiennes à communiquer sans délai sur le sort et le lieu de détention de M. Abdelfattah et à assurer le plein respect de ses droits fondamentaux. Elle appelle également les autorités françaises à continuer de lui fournir une assistance consulaire effective et d’intervenir auprès des autorités saoudiennes en urgence pour le faire libérer.
Alkarama a, pour sa part, saisi le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires le 12 janvier 2026 dans le cadre de la procédure d’urgence, afin de faire toute la lumière sur le sort de la victime et, à tout le moins, de garantir qu’elle soit placée sous la protection de la loi.